Publié le: 25 septembre 2017 à 15h46

ALECA : S’agit-il d’un dialogue de sourds ?

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Solidar Aleca

La question de l’Accord de libre-échange complet et approfondi (Aleca) a été au cœur d’un déjeuner-débat organisé par l’association Solidar Tunisie samedi 23 septembre à Tunis, en collaboration avec le Forum progressiste mondial, un débat intitulé “Aleca UE/Tunisie : pour un accord progressiste”

Etaient appelés à intervenir à cet événement, Pier Antonio Panzeri MEP, président de la sous-commission du Parlement européen pour les Droits de l’Homme, Gilles Pargneaux MEP, Coordinateur S&D de la délégation du Parlement Européen à l’Assemblée parlementaire de l’Union pour la Méditerranée, et Patrice Bergamini, Ambassadeur, Chef de la délégation de l’UE.

Par ailleurs, plusieurs personnalités politiques et activistes de la société civile ont également répondu présents à ce déjeuner-débat, dont notamment l’ambassadeur d’Italie en Tunisie, Raimondo De Cardona, Fatma Oueslati, directrice générale à la Présidence du gouvernement, et les représentants de divers organismes, comme l’UGTT, l’ATUGE, l’ordre des Avocats, l’OECT, ou encore l’Union des professions libérales, sans oublier plusieurs représentants des médias locaux.

Ouvrant la séance, Lobna jeribi présidente de Solidar Tunisie a rappelé que cette rencontre s’inscrit dans la continuité de celle organisée le 18 septembre 2016.
« Solidar Tunisie a entamé une série de dialogues et de rencontres avec certains représentants de la société civile concernant certains secteurs porteurs. Cela a mené à l’élaboration de deux études liées aux secteurs des TICs et des professions libérales et services aux entreprises ».
Elle a tenu à préciser que le secteur des TIC présente une certaine opportunité surtout pour renforcer les exportations. Mais il présente aussi certaines difficultés en termes d’accès au financement. Mme Jeribi a néanmoins ajouté que les professions libérales et les services aux entreprises présentent un état des lieux différent. Elle a tenu à préciser que compte tenu des études et des échanges élaborés, l’ALECA peut être une opportunité pour certaines professions libérales, telles que le consulting ou l’expertise comptable.

Pier Antonio Panzeri MEP a, de son côté, affirmé que ce débat représente un événement important qui succède le séminaire du 18/9/2016. Il a aussi rappelé que les forces sociales et démocratiques et une importante représentation de forces progressistes de la société civile s’étaient réunies depuis une année pour lancer une initiative adressée à approuver les valeurs communes d’égalité et de justice sociale dans le projet de l’ALECA.
« La volonté du groupe est d’avoir un partenariat stratégique, qui n’est pas seulement commercial mais plus large (politique et culturelle) qui se fera défenseur des valeurs communes d’égalité et de justice sociale » a-t-il ajouté dans ce contexte. Il a tout de même ajouté que ce partenariat doit être progressiste et tient compte entre les différences économiques entre la Tunisie et l’Union Européenne. « Ce partenariat doit être transparent, flexible et capable de créer des innovations » a-t-il scandé en l’occurrence.

Prenant la parole à son tour, Gilles Pargneaux a tenu à affirmer que la sécurité de la Tunisie et celle de l’Europe sont extrêmement liées. Cet accord, selon lui, doit permettre à l’Union Européenne d’intensifier son aide à la Tunisie dans certains secteurs prioritaires pour l’économie tunisienne comme l’agriculture, l’industrie textile, l’économie numérique, la politique éducative…

Patrice Bergamini, ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, quant à lui, n’a pas mâché ses mots pour pointer du doigt une lenteur dans les négociations du côté tunisien.
Sur un ton ferme, voire accusateur, il a tenu à s’interroger sur plusieurs points comme celui de savoir s’il est opportun de toujours vouloir remettre en question le bilan de l’accord 1995? S’il y a un réel lien entre prospérité et mobilité et aussi rapport entre Visa et ALECA (principe de libre échange et de libre circulation analogiquement)? Il est même allé dans ce contexte jusqu’à poser la question : Est-ce qu’il n’y a pas un risque de faire échouer les deux négociations à vouloir lier l’accord à l’octroi de visa.
«A qui profiterait l’absence de l’Aleca ? » C’était la deuxième question que l’ambassadeur de l’UE avait posée. Tout en affirmant que l’absence d’accord avec l’Europe ne profite ni à l’Europe, ni à la Tunisie, il a laissé entendre que cela profiterait à d’autres pays comme la Turquie et la Chine.
Enfin à la question « est ce qu’on a encore le temps ? », il a clairement affirmé que la présence et l’activité des négociateurs tunisiens de l’ALECA est faible. Selon lui, depuis presque une année, un seul round des négociations a été organisé à Bruxelles. Il a ajouté : « A ce stade les parties négociateurs de l’Etat tunisien sont méconnues ».

Et pourtant, en prenant la parole en fin de débat, la représentante du gouvernement Fatma Oueslati avait bien affirmé que l’équipe de négociateurs existe bel et bien et qu’elle est issue du comité de pilotage composé par des représentants des ministères les plus concernés.
Mme. Oueslati a aussi affirmé que les travaux n’étaient pas à l’écart des organisations de la société civiles et même que le gouvernement a sollicité une représentativité de ces OSC et qu’elles sont déjà opérationnelles dans ce dialogue.
« Nos rencontres ne se sont pas arrêtées et on va organiser une prochaine rencontre en octobre ».

Me. Farhat Toumi, mandaté pour représenter l’Ordre des Avocats Tunisiens, a également répondu aux questionnements de l’ambassadeur de l’UE par rapport notamment à la « lenteur » et la « résistance » du côté des Tunisiens par le fait que la Tunisie est en train de se construire et que cette construction nécessite beaucoup de temps. Il a aussi soulevé le fait qu’aucun diplôme tunisien ou une norme de qualité tunisienne n’est encore harmonisée avec les normes européennes.

La question de mobilité, de liberté de circulation et de visas a été plus d’une fois mentionnée par les présents, qui ont mis en exergue que l’ALECA aussi bénéfique qu’il puisse être pour la Tunisie, doit impérativement passer par des facilités de mouvement et une reconnaissance des diplômes tunisiens et des compétences tunisiennes.

Et même si M. Bergamini a affirmé que « le protectionnisme n’a jamais pu garantir le développement d’un pays » et que « la Tunisie ne devrait pas avoir peur», les réticences des Tunisiens clairement exprimées par les représentants de la société civile sont fondées et justifiées.

Alors, oui l’ALECA présente de grandes opportunités pour la Tunisie, mais il représente également des risques et est entravé par plusieurs obstacles, dont entre autres, le dossier de visa et l’équivalence des diplômes.

Dorra Megdiche


Météo
Tunis