JCC2017


Publié le: 16 décembre 2016 à 9h23

Alliance entre un « homme pressé » et un « objet volant non identifié »…
Cocktail explosif ou pétard mouillé ?

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Dimanche dernier, une dépêche de la TAP faisait  état de la démission de Mustapha Ben Ahmed du groupe parlementaire « Machroû Tounes Al Horra », en signe de protestation contre  la consigne donnée par Mohsen Marzouk de voter contre l’adoption de la loi de finances 2017. Le député va jusqu’à dénoncer l’alliance à ses yeux « suspecte » entre le secrétaire général du parti et Slim Riahi président de l’Union Patriotique Libre. Mondher Belhaj Ali se retire officiellement à son tour et c’était dans l’air puisqu’il s’était  déjà déclaré solidaire avec walid Jalled, évincé pour avoir protesté, octobre dernier, contre le changement de nom du parti. Bochra Belhaj Hmida est, elle aussi, dans la même logique ce qui fait que le parti de Marzouk donne déjà l’impression d’hériter des convulsions de Nida Tounes. Mustapha Ben Ahmed étaye en l’occurrence son raisonnement par le fait que la consigne donnée par Mohsen Marzouk donne une image négative de la Tunisie aux investisseurs étrangers ayant afflué en masse lors du dernier forum sur l’investissement. Si l’on suit son raisonnement, on pourrait en conclure que la consigne de Marzouk serait  non patriotique.

Au demeurant, il n’y a pas vraiment de quoi à s’étonner de ce que Mohsen Marzouk soit dans une mentalité seditioniste et qu’il ait décrété le vote contre l’adoption de la loi de finances. Il se trouve en effet que « l’homme pressé » qu’il est (ce qui lui valu le limogeage camouflé de Carthage) entend créer un front d’interposition à la déclaration de Carthage et au gouvernement Chahed qui en a découlé. Il cherche donc à nouer des alliances. Et  quoi de plus stratégique que des noces célébrées à Paris avec l’homme le plus mystérieux du pays, en l’occurrence Slim Riahi. Pour bon nombre de Tunisiens, le fondateur de l’UPL apparaît comme  une espèce d’OVNI, un objet volant non identifié. Mais cette présence de la ville des lumières dans les « complots » politiques de la Tunisie est pour le moins amusantes. « Paris vaut bien une messe », déclarait Henri IV qui acceptait de se convertir du protestantisme au catholicisme, condition pour accéder au trône de France. A Paris, précisément, et par les soins de Slim Riahi (admirez le revirement à 180 degrés) et de Nabil Karoui, Rached Ghannouchi tombait dans la trappe de Béji Caid Essesbsi, en reniant le référentiel religieux d’Ennahdha pour proclamer une réelle métamorphose dans le sens de l’exception politique et sociale  laquelle s’apparente beaucoup plus à la laïcité.

Aujourd’hui, Slim Riahi renie tout  cela en bloc, se proclamant désormais dans l’opposition, fort de ce nouveau groupement d’intérêts avec Mohsen Marzouk qui, à son tour, voit son château de cartes s’effondrer. Château de cartes ? Précisément parce que, sur le plan interne, les Tunisiens auront vite deviné qu’il  avait quelque chose de machiavélique, croyant pouvoir tout hériter de Béji Caid Essebsi. C’était ingénu de sa part parce que non seulement BCE a lu « Le Prince » de Machiavel, mais il a surtout lu Bourguiba. Quant à ses appuis étrangers, ils se sont révélés être un leurre, du fait que Hillary Clinton a été emportée par la tornade Stump et que Sarkozy, son autre « ami », ne sera pas président de la France.

L’alliance entre les deux hommes se traduit aussi par un réflexe commun : prétexter un emplacement à la deuxième rangée pour boycotter le forum sur l’investissement. A cela Slim Riahi veut faire croire qu’il fait contre mauvaise fortune bon cœur. A savoir, dit-il sur le plateau de Samir Ouafi, que beaucoup d’investisseurs sont venus pour lui et que, malgré le contretemps de la célèbre « deuxième rangée », il les a  pris en aparté pour les convaincre d’investir en Tunisie. D’accord. Mais ne dit-on pas que charité bien ordonnée commence par soi-même ? Et lui, riche comme Crésus, qu’a-t-il investi dans son pays, en dehors de la spirale de gigantisme dont il affuble le Club Africain, terroir électoral de premier plan ? Pire que tout, c’est comme s’il faisait exprès de narguer tout le monde : il affirme en effet faire rapatrier de l’argent « au compte-gouttes ». En d’autres termes, il n’a guère confiance en les projets tunisiens, pas plus d’ailleurs qu’en la justice qui le poursuit pour « blanchiment d’argent ». En tous les cas, il n’a pas été invité à Carthage, à l’instar des hommes d’affaires sérieux et transparents, pour une réunion de sensibilisation à l’investissement dans les zones déshéritées.

Finalement, tout dans l’alliance entre ces deux hommes, procède d’un certain dépit et la conviction de s’être brûlé les ailes comme des apprentis sorciers. Les alliances se nouent et se dénouent au gré des circonstances : en politique, c’est une règle première. Il y a simplement à se demander si l’on n’est pas en train de prendre les Tunisiens pour des imbéciles. Et pour des dupes. A juste titre, Albert Einstein disait : « Il n’existe que deux choses infinies, l’univers et la bêtise humaine…mais pour l’univers, je n’ai pas de certitude absolue ».

Raouf Khalsi


Météo
Tunis