Publié le: 12 janvier 2017 à 17h26

« Angela Merkel, nous ne voulons pas de vos déchets » …Malheureusement, ces déchets sont bien à nous !

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angela merkel tunesien

Que l’on y ait participé ou non, la manifestation de dimanche dernier à l’Avenue Habib Bourguiba matérialisait un certain désarroi. Désarroi de la société civile face au retour potentiel, et même plus que potentiel, des terroristes. La manifestation, à laquelle participaient par ailleurs des militants « historiques » des droits de l’Homme, exprime aussi ce manque de confiance latent en les structures sécuritaires du pays, en la fiabilité de l’administration carcérale et, surtout, surtout en la justice.

Sur le plan sécuritaire et, particulièrement au niveau des renseignements, il est clair que rien de bon, d’efficient et d’efficace ne se fera tant que sévira la police parallèle dont Hédi Majdoub continue de  nier l’existence, mais contre laquelle Najem Gharsalli s’était insurgé, ce qui lui valu d’être catapulté à Rabat. Il voulait en effet procéder au nettoyage en profondeur de la police, mais il a buté contre les pesanteurs partisanes et, pour tout dire, contre le nouvel ordre méthodiquement planifié des temps de la Troïka.

Curieux d’ailleurs que Rached Ghannouchi ait, un jour, déclaré que « la police et les militaires ne sont pas sûrs ». Diversion au demeurant, parce que s’il ne connait pas vraiment les rouages de cette grande muette qu’est l’armée, il connait en revanche parfaitement ceux du ministère de l’Intérieur où Ennahdha a placé des centaines parmi ses dévots. Ali Laarayedh n’en pensera pas moins. Maintenant, que Hédi Majdoub révèle le chiffre de 2929, soit le nombre de terroristes tunisiens répertoriés entre la Syrie, l’Irak, la Libye et l’Europe et que cela provoque une levée de boucliers, sinon des commentaires sarcastiques, cela aussi prête à équivoque. Car on nous avait toujours dit  qu’ils se chiffrent à hauteur des 5000. Il y a donc  lieu de clarifier ce point.

Sur le plan carcéral, on connait le piteux état des prisons tunisiennes.  Et, surtout, l’encombrement que vit la population carcérale. En termes proportionnels, la Tunisie figure malheureusement aux avant-postes du classement mondial : 23 mille détenus pour une population de 11 millions d’habitants. Et la moitié est en instance d’être jugée.

Cela nous amène directement au volet de la Justice. Deux mille juges pour deux millions d’affaires annuelles. Et, particulièrement en ce qui concerne le retour des terroristes, les huit juges d’instruction du pôle anti-terroriste, lesquels croulent déjà sous le poids des dossiers encore en instruction (2000), pourront-ils humainement canaliser le ras de marée qui s’annonce ? Par-dessus tout, les guerres intestines entre magistrats autour du Conseil Supérieur de la magistrature, renvoit une piètre figure de la justice, face à laquelle le ministre lui-même paraît interdit. Et si l’on continue avec cette même cadence et avec ces mêmes relents corporatistes, la naissance du Tribunal Constitutionnel (l’équivalent d’une Cour Suprême) est vouée à être renvoyées aux calendes grecques.

De quelque côté que nous nous placions, les structures souveraines du pays donnent l’air d’être impréparées pour gérer le retour des terroristes. On s’étonne néanmoins de ce que des personnages marquants de la société civile et des partis dominants demandent que les terroristes soient déchus de leur nationalité. Supposons que Bachar Al Assad, maintenant qu’il est sûr de rester le maître de la Syrie, nous expédie les 1400 daéchistes tunisiens dans son pays : que ferons-nous ? Les renvoyer à l’expéditeur ? Et d’ailleurs il faut bien préciser, sur ce point précis, qu’il n’est pas sûr que le dictateur syrien les laissera s’en sortir par une simple expulsion : bon nombre d’entre eux passeront à l’échafaud.

Car il y a aussi le principe de la territorialité du crime. En tous les cas, la Tunisie ne pourra pas les refouler. Et, dans ce même ordre d’idées, l’un des slogans brandis dimanche et sur lequel on lisait : « Angela Merkel, nous ne voulons pas de vos déchets » est pour le moins inapproprié. Dans l’esprit de ce « message », la société civile rappelle ses avatars à l’Occident : c’est en effet cet Occident là qui a fait le lit de l’intégrisme religieux pour ensuite s’accommoder du concept fantasmé de « L’Islam politique », comme antidote aux dictatures arabes.

L’illusion est certes venue de la Tunisie. Les Islamistes se sont emparés du Pouvoir. Mais c’est à partir de là que nous avons commencé à exporter les Djihadistes. Pourquoi se voiler la face donc et s’indigner de ce que Mme Merkel prévienne BCE qu’elle expulsera les sans-papiers tunisiens en Allemagne ? La France et la Belgique sont en train d’en faire autant. Et d’ailleurs, Anis Amri, auteur du carnage de Noel à Berlin et Mohamed Laouayej Bouhlal, auteur pour sa part du drame de Nice, n’en sont-ils pas moins tunisiens ?

A l’évidence, ces magmas, ces discours passionnels que suscite le retour des djihadistes sont pour le moins symptomatiques d’un Etat, quoique l’on en dise, faible. A l’Etat Léviathan de Ben Ali a succédé l’Etat chimérique, mais corrosif de la Troïka, avec les ravages de Marzouki, le 6eme Califat de Hamadi Jebali et le diktat du Cheikh Suprême, notre Qaradhaoui à nous. Ce fut alors l’Etat profond et dont l’action, au final, a constitué en la désinstitutionalisation de l’Etat formel. Puis, après le sursaut salvateur du Quartet et la parenthèse Mehdi Jemaa (qui se prenait par ailleurs pour l’homme de la Providence), Habib Essid crut pouvoir résoudre l’équation de la gouvernance en s’aliénant une administration corrompue et mettant au pas le ministère de l’Intérieur en donnant les clés à l’énigmatique Abderrahmane Belhaj Ali.

Maintenant, il ne s’agit plus de question d’hommes. Il s’agit d’Etat. Parce qu’il y a une demande d’Etat. Pas forcément un Etat centralisateur, mais un Etat fort. Et cela commence par l’Armée, la police et la justice. Finissons-en avec les Rambo à la Tarhouni. Finissons-en avec le généralissime (Rachid Ammar) qui « aurait dit non à Ben Ali ». Finissons-en avec le syndrome survivaliste d’Ennahdha. Arrêtons la mascarade Nida. Que nos politiques cessent de jouer aux bêtes de cirque. Pensons Etat. Réfléchissons Etat.

Raouf Khalsi


Météo
Tunis