JCC2017


Publié le: 28 octobre 2017 à 16h55

« BCE a 93 ans ; Cheikh Rached, 76 » : Mourou s’improvise Ange de la mort !

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ghanouchi sebsi mourou

Il est célèbre pour son côté extravagant. Excentrique sur les bords, il sait faire le buzz…En bon musulman, il se met aussi en confidence avec la vie et la mort. Pour lui, « Azrel » rôde…

En l’espace d’une semaine, Abdelfattah Mourou, co-fondateur d’Ennahdha et vice-président de l’Assemblée des représentants du peuple, a remué les esprits, usé de sa manière toute particulière de communiquer, c’est-à-dire aller à contre-courant des non-dits et des rebrousse-poil.

L’interview donnée au journal : « La tribune de Genève » fait qu’un débat s’installe. Pas uniquement en Tunisie, parce que ses propos ont été relayés par un certain nombre d’observateurs traditionnellement sensibles à notre pays et à ce qui s’y passe. Abdelfattah Mourou lance en effet une bombe. Pour lui, les deux hommes forts du pays, Béji Caïd Essebsi a 93 ans, tandis que « son allié », Rached Ghannouchi en a 76. Compte tenu de cette macabre comptabilité, le pays ne saurait aspirer à la stabilité. Bien plus, affirme-t-il, « la stabilité actuelle qui ne tient qu’au feeling entre les deux hommes est tout simplement précaire ».

On ne saurait dire si Abdelfattah Mourou, grand croyant et musulman convaincu s’est abreuvé dans le Coran et, plus précisément dans la Sourate « AN-Naziaât », là où est décrit tout le cérémonial de la mort. Mais quelque part aussi, il lance une alerte. Les deux patriarches qui président aux destinées du pays, cumulent, à eux seuls, 169 ans : ils sont tout près de passer de vie à trépas (pure spéculation) et que, politiquement, on ne saurait tabler sur une quelconque stabilité du pays. Naturellement, férus de fortes sensations, les Tunisiens n’y sont pas allés de main morte. Comme une trainée de poudre, l’intox aura aussitôt fait son œuvre : le Président serait « tombé dans le coma » ; intox à laquelle le porte-parole officiel de la Présidence a cru devoir répondre. Inutilement.

Le fait est que, même avant son élection, l’âge de Béji Caïd Essebsi alimentait déjà tous les fantasmes et toutes les supputations. Une fois à Carthage, les spéculations ont même pris une autre tournure, lui inventant des séances de dialyse. Et de son côté, le mauvais perdant, Moncef Marzouki (sur lequel pesaient de sérieuses présomptions de dérèglement mental) se mettait carrément à parler de « vacance du pouvoir » et, de facto, de l’urgence à organiser de nouvelles élections.

Au demeurant, on ne saurait trop affirmer si Abelfattah Mourou s’est livré à ce jeu de la vie et de la mort, juste pour s’élever à une dimension mystique, qu’il a d’ailleurs toujours revendiquée. Mais au final, il a soulevé la problématique fondamentale à ses yeux. A savoir que le semblant de stabilité actuelle du pays ne tient qu’au « consensus informel » entre Béji Caïd Essebsi et Rached Ghannouchi. Dès lors, si l’un des deux artisans de cette « harmonie » venait à disparaitre, tout l’équilibre capoterait. Il ajoute qu’il n’y a aucun document scellant solennellement « l’entente » entre les deux hommes. Dans le genre, c’est bien une loufoquerie. Est-il du reste certain que la stabilité du pays est le fruit de la cohabitation parlementaire entre Nida et Ennahdha ? Que faudrait-il faire alors à ses yeux : une fusion ? Des listes communes pour les Municipales ?

La vérité est que le problème ne se pose pas en amont. Mais qu’il prend de l’acuité en aval. Et c’est au niveau des deux partis, aux niveaux de leurs cadres et de leurs bases respectives, que tout se complique.

Nida Tounes, parti cocotte-minute, sans idéologie, sans référentiel historique n’en cesse pas d’imploser depuis…sa victoire. On impute même à son fondateur l’intention de mettre en place « une monarchie présidentielle » qui mènerait son propre fils à sa propre succession à Carthage. On a même constaté le degré d’indignation de l’opinion publique quand le fils s’est mis en tête de se faire élire au Parlement depuis l’Allemagne, tout en restant assis dans son fauteuil des Berges du Lac.

De son côté Ennahdha est désormais un « Mouvement » convulsif, divisé, en proie à la rébellion des néo-faucons qui n’ont jamais béni le rapprochement avec Nida, et qui l’ont plutôt maudit. Rached Ghannouchi est  acculé dans ses ultimes retranchements. Il paie cher en effet le prix de sa fameuse cravate et la réorientation d’Ennahdha dans le sens du déni du référentiel islamiste. Or, comme l’a écrit Aziz Krichen, s’il y reste il périt, s’il s’en défait, il périt quand même. C’est qu’Ennahdha n’a plus d’avenir. Mais il se trouve aussi que Nida n’en a pas un non plus…Un front parlementaire nouveau, plutôt centriste, s’ouvre. Il propose une troisième voie. Toute une recomposition du paysage politique est en train de se mouvoir, tandis que Nida et Ennahdha ne cessent de s’enfoncer.

C’est peut-être, c’est sans doute dans ce sens qu’il conviendrait de recadrer les propos de Abdelfattah Mourou. Car au-delà de cette arithmétique des âges, on joue bien à la vie et à la mort…

Raouf Khalsi


Météo
Tunis