JCC2017


Publié le: 21 novembre 2017 à 16h26

Béji Caïd Essebsi, Youssef Chahed et la boule de cristal…

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chahed essebsi

Henry Kissinger disait : « Le pouvoir c’est l’aphrodisiaque suprême ». Enhardi par le retour aux affaires en 2011, Béji Caïd Essebsi retrouvait une seconde jeunesse. Il aura vite fait de stabiliser le pays, de briser le long sit-in de la Kasbah, de s’entourer de ministres courageux et de limoger un certain Farhat Rajhi, à l’origine de toutes les dérives au ministère de l’Intérieur. Mais il a surtout préparé les élections pour la première fois dans l’histoire contemporaine de la Tunisie, sachant que la loi des urnes porterait Ennahdha  et ses suppôts aux commandes du pays. Les ravages on les connait. Sitôt, il lançait Nida Tounes, infléchissait le fameux sit-in du Bardo qui obtint la chute de la Troïka et, rajeunissant à vue d’œil, il se lançait dans les élections, battant Ennahdha et renvoyant Marzouki à ses pires cauchemars.

Avec lui, en tous les cas, l’institution de la Présidence du pays retrouvait sa solennité, ses lustres et ses constantes dans la diplomatie. On ne saurait trop dire par ailleurs si le deal de Paris avec Rached Ghannouchi a été une méprise et une trahison à l’endroit de cette société civile qui l’a propulsé à Carthage. A l’envers du décor, il faudra bien méditer une certaine donne : gouverner sans Ennahdha, ç’aurait été impossible. Obliger Ennahdha à se déclarer parti civil et démocratique, reniant son référentiel religieux, il l’a réussi en un tournemain. Sauf que son propre parti se délabrait avec le délire d’une légitimité par la filiation de son propre fils ce qui, dans une certaine mesure, finit par devenir son talon d’Achille.

Mais le problème, le vrai problème n’est pas là.

Il se trouve, qu’en adepte de Bourguiba, BCE ne peut se conformer à un système bicéphale dans la direction des affaires de l’Etat. Une constitution hybride, consacrant la partitocratie, avec une Assemblée du peuple sans cesse mouvante et un axe Carthage/la Kasbah qui n’en finit pas de tourner aux tensions, aux conflits d’intérêts et, qui, fatalement, met le Chef du Gouvernement dans la psychologie d’un rebelle, ce qui est de nature à lui valoir les sympathies du bon peuple. Mécanisme du reste assez paradoxal dans l’imaginaire collectif : quand il était à la Kasbah, Habib Essid passait mal. Sitôt démis, il devenait populaire. On aura vite fait d’oublier toutes ses défectuosités, « ses mains tremblantes » et la recrudescence du terrorisme. Il fallait donc y remédier. Et ce fut alors la Déclaration de Carthage et le gouvernement d’Union nationale. BCE imposa un jeune, presqu’inconnu du bataillon, pour diriger ce gouvernement, mais quand même dans une symbiose nécessaire, harmonieuse et indispensable pour la bonne marche des affaires de l’Etat. Le Président s’en enorgueillit même, échangeant des propos sur la jeunesse avec Trudeau, le Premier ministre canadien de 39, lui affirmant que la Tunisie a elle aussi un jeune Chef du Gouvernement de 41 ans.

Dans un récent focus, nous titrions « Sauvez le soldat Chahed ». Rien de dithyrambique et rien d’apologétique. Mais juste un état des lieux quant aux multiples fronts sur lesquels se bat Youssef Chahed. Quelque part, néanmoins, il se prend pour l’homme de la providence. Il a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. Aujourd’hui, les Tunisiens n’y croient plus vraiment. On dit même qu’il y aurait plutôt une espèce de règlements de comptes. La corruption est bien au-delà de ce que l’on puisse supposer. Si vraiment  il veut aller jusqu’aux arcanes de cette piovra, Youssef Chahed serait plutôt inspiré de se référer au volumineux dossier de la Commission Abdelfattah Amor. Pourquoi ne va-t-il pas jusqu’au bout des investigations sur la corruption qui sévit dans la Douane ? Par quelle myopie ne peut-il pas regarder en face la gangrène qui ronge le secteur vital de la Santé publique ? La solution à ses yeux ? Imed Hammami, clin d’œil à Ennahdha tout au plus, comme l’est la nomination à sa place (l’Industrie et les PME) de Slim Feriani à Nida Tounes. En tous les cas, il continue de faire barrage au retour au gouvernement de Anis Ghedira, retour suggéré par le Président…En revanche, il s’est débarrassé de Fayçal Hefiane, l’un des conseillers décriés qui peuplent la Kasbah. Il fallait bien qu’il voie aussi autour de lui…

Maintenant, selon certaines indiscrétions, BCE concocterait un coup spectaculaire. La nouvelle Troïka, avec Nida, Ennahdha et l’UPL n’aura pas de force effective dans la gestion des affaires de l’Etat, en dehors d’une force d’interposition contre le « front » dessiné par Mohsen Marzouk qui n’en finit pas de donner des conseils très intéressés à Youssef Chahed….On parle de Selma Elloumi à la tête de Nida Tounes et d’un poste à l’étranger pour Hafedh Caïd Essebsi. De la science-fiction dira-t-on…Le nonagénaire qu’on veut tuer à tout prix fait comme Napoléon : il gère les hommes, qui par le vice, qui par la vertu. Message à Youssef Chahed, un homme intègre. Il veut le gérer par la vertu. Il nous vient à l’esprit une déclaration de Ahmed Ben Salah lors de son procès : « je suis comme une boule de cristal dans les mains de Bourguiba : s’il me lâche, je vais en morceaux ». Youssef Chahed est cette boule en cristal.

Raouf Khalsi


Météo
Tunis