Bientôt, un tapis rouge au Parlement, pour Wadi El Jeri, « l’homme le plus puissant du pays » - highlights.com.tn
Publié le: 13 avril 2017 à 16h47

Bientôt, un tapis rouge au Parlement, pour Wadi El Jeri, « l’homme le plus puissant du pays »

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wadii jari

Au diable le plan de développement quinquennal présenté et défendu par Fadhel Abdelkéfi dans l’enceinte d’une Assemblée de Représentants du Peuple, pratiquement vide, parce qu’elle n’a jamais réussi à être une « Assemblée », parce que ses « Représentants » jouent aux mouches qu’on n’attrape pas avec du vinaigre, parce qu’enfin le « Peuple » en est exclu.

Fadhel Abdélkéfi, un homme au référentiel économique de premier plan, en est resté quelque peu frustré. Certes le projet de loi est passé. Mais il est passé juste juste, parce que bon nombre de députés était absent et que le ministre, face au peu d’engagement de la part des formations dont les ministres sont dans le gouvernement Chahed (et donc pas de briefing gouvernemental), n’a trouvé devant lui que les vociférations du Front Populaire et celles, inévitables, de Madame Abbou.

Tout s’est donc passé dans une espèce d’autarcie. Comme dans un vase clos. Au lieu d’être tous là pour étudier un projet destiné à sortir les régions déshéritées de la précarité, du sous-emploi et, de surcroit, en ce contexte potentiellement exclusif de grèves, de manifestations et de signes avant-coureurs de désobéissance civile, à Tataouine, au Kef, à Kairouan, voilà comment « les édiles de la Nation » trahissent ceux qui, crédules et naïfs, ont cru devoir les mandater pour parler pour eux.

Au final, Fadhel Abdélkéfi a été taxé de « néolibéralisme outrancier ». C’est ça : au nom de l’égalitarisme social, appelons à la rescousse le Sieur Marx.

La loi est donc passée. Noles voles, elle est passée. Parions que la plupart des députés présents et ceux absents n’y comprennent pas grand ‘chose. Il n’empêche, sortant de sa péremptoire torpeur, Mohamed Ennaceur, Président de L’ARP, est pour une fois sorti de ses gonds : plus jamais d’école buissonnière. Comme à l’école ou au lycée, les absences seront sanctionnées. Les noms des absents seront affichés au tableau numérique, et le salaire du député « buissonnier » sera défalqué de 100 dinars pour chaque absence ! Pitié, de quoi trouvera-t-il pour vivre, puisque tous nos députés sont clean : ils n’ont pas de lobbys derrière eux pour leur graisser la patte !

Bien entendu, les injonctions de Mohamed Ennaceur resteront sans suite comme d’habitude. En bon bourguibien, il obéit aux ordres. A sa décharge, il lui faudra bien trouver une atténuante : les migrations vertigineuses des députés d’un parti à l’autre n’en finissent pas de le dérouter. Il en est même frappé d’une espèce de strabisme. Et puis cette volonté de neutralité qu’il a fini d’exprimer par l’apathie, fait qu’il n’a pas d’emprise réelle sur les commissions, dont les « travaux d’Hercule » ne font que renvoyer indéfiniment l’examen des projets de lois. Ils sont actuellement pas moins de 80 projets en souffrance. Et ils sont pourtant vitaux pour le pays et, plus particulièrement, pour le bon fonctionnement des institutions.

Le blocage des institutions est en effet paralysant pour l’action du gouvernement. On ne viendra pas plus tard reprocher à Youssef Chahed de se rabattre sur les décrets-lois pour pouvoir gouverner, technique à laquelle ont généralement recours les chefs de l’exécutif dans le contexte de paralysie endémique des régimes parlementaires. Nous devons là, encore une fois, tirer chapeau bas au père de la Constituante, l’honorable Yadh Ben Achour d’avoir condamné le régime de la II ème République à la camisole de force parlementaire.

Une idée lumineuse a pourtant jailli du fond brumeux de l’ARP : tiens, trouvons mieux que le Plan de développement, que le Conseil supérieur de la magistrature et la Cour constitutionnelle : rabattons-nous sur le football et les violences dans les stades. Qui, mieux  parmi les 11 millions de Tunisiens, peut y apporter son expertise  que le vénérable Wadi El Jeri, l’omnipotent président de la Fédération de football ?

Il sera donc incessamment convoqué pour répondre (et pas pour y répondre, nuance !) et il y a fort à parier que, ce jour là, l’hémicycle connaitra un surbooking. Nos députés s’échauffent donc pour une partie de football. Le président de la FTF ne sera pas inquiété outre mesure. Il ne sera pas bousculé non plus.

Ceux qui chercheront à cristalliser la violence sociale ayant littéralement explosé après la « révolution », dans le football et dans le chauvinisme, seront aisément contrés par M. El Jeri. Il leur dira que, grâce à lui, le Sud est sorti de l’exclusion sportive. Il leur brandira encore l’argument de la « discrimination positive », argument sur lequel a cafouillé Fadhel Abdélkéfi. Il leur sortira le classement du championnat tunisien (22ème mondial) et parlera du verre encore à moitié plein de l’Equipe nationale. Mais si jamais quelqu’un se hasarde à le bousculer, il leur répondra  à tous, qu’il ne leur doit rien et qu’il n’est pas un élu de l’ARP ! En fait, Mohamed Ennaceur voit juste pour une fois : il aura l’honneur d’accueillir dans son enceinte « l’homme le plus puissant du pays » !

Raouf Khalsi


Météo
Tunis