Cette piteuse clochardisation du Gouvernement … - highlights.com.tn
Publié le: 14 mars 2017 à 18h33

Cette piteuse clochardisation du Gouvernement …

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Aujourd’hui, mardi 14 mars, la bouillonnante Samia Abbou a été entendue par le parquet, en rapport aux accusations de corruption qu’elle a étayées avec précision et documents à l’appui en pleine plénière dans l’enceinte d’un hémicycle parlementaire devenu une espèce de musée Grévin, c’est-à-dire le musée des horreurs. Le couple Abbou, on le sait, est un pôle anti-corruption à lui seul. De surcroit, il a formé un véritable escadron d’informateurs particulièrement efficaces, précédant même la mise en application de la loi protégeant les dénonciateurs ; une loi qui ouvre la voie aux règlements de comptes personnels, si ses textes d’application ne sont pas minutieusement étudiés et rationnellement ciblés.

Peut-on reprocher à Madame Abbou d’avoir une conception toute particulière de la mission parlementaire qu’elle assume avec acharnement et dans une psychologie rédemptrice ? Bien sûr que non ! Peut-on, par ailleurs, tracer des limites aux relents inquisitoires du mari, Mohamed Abbou qui cultive un véritable fixisme sur Béji Caïd Essebsi ? Non, bien sûr ! Avec l’éclatement chromosomique d’une démocratie de façade et qui reste fantasmée, six ans après tout est permis. Et tout se fait et se défait en fonction des alliances et des contre-alliances qui font qu’en dehors d’Ennahdha et de son pire ennemi le Front Populaire et ses suppôts panarabes (c’est inédit et amusant à la fois), tous les autres partis se sont déglingués à l’image de Nidaa, aujourd’hui en quête d’une massification de cadres nouveaux.

Sans doute, l’apprentissage de la démocratie a-t-il lui aussi ses exigences et des exigences de temps, de culture et de citoyenneté. C’est universel. La démocratie se rebiffe et se refuse en effet si les réquisits cités plus haut ne sont pas assurés. Et telles que vont les choses, nous sommes partis vers de longues années de hautes turbulences. On ne sait d’ailleurs plus si nous sommes dans le contexte d’une démocratie représentative,  dans celui d’une démocratie directe (une utopie), sinon dans celui d’une démocratie gouvernée telle que la souhaite le Président, de plus en plus tenté par un référendum sur la nature du régime.

BCE est en effet dans son roman des origines. Pour lui, bourguibiste indécrottable, la Tunisie ne saurait être gouvernée en dehors du régime présidentiel, malgré les démons présidentialistes et, donc, absolutistes qui le guettent. Et, d’ailleurs, Yadh Ben Achour, le concepteur du régime parlementaire actuel, a rebondi sur la controverse sur Jeune Afrique avec un « oui, mais » dans lequel excellent les professeurs de droit constitutionnel.

Or, aujourd’hui la messe est dite. Régime parlementaire ou régime présidentiel la question n’est plus là. Il s’agit d’Etat. Un Etat en péril et quelque part aussi clochardisé. Il est de bon temps de dire que le Gouvernement est faible. Trop commode aussi d’affirmer que l’épicentre du Pouvoir se déplace subrepticement à Carthage. Six mois après son investiture, Youssef Chahed donne en effet parfois l’impression de se battre contre  des moulins à vents. Or ces vents méchants se sont levés bien avant son arrivée à la Kasbah.

On s’interroge aussi sur les critères en fonction desquels il a choisi ses ministres. Sans doute s’est-il un peu illusionné avec la Déclaration de Carthage et la mise en place, à l’évidence défectueuse, d’un gouvernement d’union nationale. Au point que, maintenant, on nous parle de la nécessité d’un gouvernement de Salut national, ce qui veut dire que l’on n’en finira pas de s’interroger sur le sexe des anges.

Entre temps, Madame Abbou lui lance à la figure la grave accusation tenant à cette affaire de contrat qu’aurait signé Riadh Mouakher en faveur d’un enseignant universitaire et expert en environnement, Mounir Ferchichi. Madame Abbou détient, semble-t-il, la preuve écrite portant sur des émoluments de l’ordre de 2800 dinars mensuels en plus de 360 dinars comme frais de carburants. Madame Abbou, vraisemblablement grisée par un show d’une rare virulence au Parlement et dans lequel elle a traité le ministre de « menteur », ne compte d’ailleurs pas s’arrêter en si bon chemin. Elle a en effet parlé aussi de présomptions, ou de suspicion de corruption au sein du ministère des Finances ! La reine Victoria n’aurait pas fait mieux dans la rédemption !

Maintenant que l’affaire Riadh Mouakher est aux mains de l’instruction on se demande ce que fera Youssef Chahed. Déjà, les attaques fusent de partout. L’affaire Abid Briki a été très mal traitée. Une fuite en avant avec l’élimination pure et simple d’un ministère qui avait été mis en place pour gérer la fonction publique, les Institutions publiques et la Bonne gouvernance. Et pourtant, ils étaient plusieurs à déconseiller à Youssef Chehed la désignation d’un syndicaliste à ce poste. Et qui plus est un syndicaliste qui avait bien roulé pour Ben Ali et qui s’est miraculeusement refait une virginité.

Attaque frontale qui a bien fait chavirer Youssef Chahed doublée d’un camouflet : le désistement d’un cadre de l’UTICA pour ce poste. Youssef Chahed est aussi assailli par les injonctions de l’UGTT et celles particulièrement délirantes de Lassâad Yacoubi qui a juré d’avoir la tête de Néji Jalloul lequel, de son côté, ne facilite pas la tâche à son Chef du gouvernement, multipliant les provocations et faisant cavalier seul. Et puis il ne faut pas oublier les fléchettes acérées de Slim Riahi qui voulait, lui, être le timonier du gouvernement d’union nationale. C’est établi. Et c’est la vérité.

On parle de plus en plus de remaniement partiel du gouvernement : n’est- ce pas trop tôt ? Et, d’ailleurs tout dépendra de Carthage. Auquel cas Youssef Chahed se déjugerait lui-même. Et s’il rend le tablier, il ne sera toujours qu’une météore de plus passant dans le ciel brumeux de « l’anarchie démocratique ». Pour l’heure, le gouvernement est dangereusement clochardisé. Et personne ne comptabilise ce que ce gouvernement a fait de bon. Parce qu’il y a du bon.

Raouf Khalsi


Météo
Tunis