JCC2017


Publié le: 23 mars 2017 à 15h24

Daech notre pire ennemi ? Londres et Washington nos pires amis !                   

Partager

Terrorisme photo focus

Le jour même où Selma Elloumi tenait une conférence de presse sur les perspectives de la saison touristique, le Foreing Office publiait un communiqué tenant à des présomptions -simplement des présomptions- d’attentats terroristes contre les vols partant de Tunis vers Londres.  Au 10 Downing Street, on s’est en l’occurrence fait l’écho des mesures annoncées, et qui allaient dans ce sens, émanant de ce Bureau Ovale, où Trump se prépare à redessiner la carte du monde, en fonction de la « grandeur de l’Amérique ».

Coup dur pour nous. Car le timing choisi coïncide avec la période des booking pour notre tourisme. Selma Elloumi annonçait en effet que nous avons déjà 580 mille réservations de touristes russes (il ne faut pas oublier que Poutine s’y est personnellement impliqué, la saison écoulée) et qu’on enregistre jusque-là près de 170 mille du côté de la France, en tous les cas mieux que l’été dernier. En gros, le ministère du tourisme table sur près de 6 millions de touristes. Et cela n’est pas dû au hasard : notre pays est stabilisé sur le plan sécuritaire. Et, en tous les cas, Daech et ses suppôts auront réalisé, après la tentative échouée de prendre Ben Guerdane, que nos sécuritaires sont bien là.

A quelles incidences devrions-nous nous attendre après cette « alerte » lancée par Londres ? Trop tôt pour le prédire. On ne sait jamais en effet avec les tours opérateurs, surtout que Thomas Cook version british a rayé la Tunisie de ses trajectoires depuis les attentats de Sousse. En revanche, le ministère du tourisme a été incisif pour convaincre ce même opérateur, versions belge et française, de reprogrammer la destination Tunisie. En tous les cas, la saison se présente sous les meilleurs auspices et, déjà, les amis algériens s’y sont pris tôt, du fait qu’ils ont provoqué un véritable surbooking à Nabeul et Hammamet, à Tabarka et aussi à Sousse.

Mais le problème n’est pas là.

On s’attendait en effet à une réaction immédiate de l’Etat tunisien. Et à l’heure où ces lignes sont publiées, le ministère de l’intérieur, pas plus que la Présidence du gouvernement et le Palais de Carthage n’ont encore réagi contre le communiqué british. Et, d’ailleurs, entre pays amis on ne publie pas de communiqués. On s’échange plutôt les renseignements « top secret » à travers les services spécialisés. Il est évident que Scotland Yard, pas plus que la désormais obsolète CIA, n’ont su se créer de nouvelles antennes dans la mouvance daechiste. Et d’ailleurs, par une cruelle coïncidence, le jour où Londres publiait ce communiqué réellement massacrant pour nous, elle essuyait un grave revers avec l’attentat sur le pont relayant le parlement anglais. Des élèves français, bretons plus exactement, en colonie de vacances y ont été blessés : que doit faire Paris ? Déclarer la Grande Bretagne « pays à risque  » ?.

Mais, par ailleurs, il faudra bien admettre que les centrales de renseignements occidentales n’ont plus vraiment confiance en les nôtres. Les Américains avaient bien prévenu le ministère de l’Intérieur d’Ali Laârayedh quant au plan d’assassinat de Mohamed Brahmi. Aucune mesure n’a été prise pour le protéger. La police fédérale allemande a bien demandé des renseignements sur Anis Amri avant le massacre de Noel : rien là encore et Angela Merkel n’a pas mâché ses mots lors de sa récente visite à Tunis.

Sauf que l’Occident, un certain Occident, n’arrive pas à faire la part des choses. En dehors des jeunes égarés partis s’abreuver de la démence meurtrière de Daech, les attentats perpétrés à Paris, à Munich et tout récemment à Orly sont le fait de binationaux de la quatrième génération lesquels vivent mal leur intégration. Ce sont là les avatars d’un Occident gangréné par le populisme et le racisme. Et d’ailleurs qui a fait le lit de l’intégrisme ? C’est bien l’Occident. Qui a fabriqué Ben Laden ? L’Amérique assurément pour équiper et surarmer les Talibans dans la guerre contre l’occupant russe en Afghanistan. Qui a dessiné les contours du « Grand Moyen Orient » pour s’approprier le pétrole tout en renforçant Israël ? Les néo-cons (c’est comme ça qu’on les appelle), de Bush fils. Et, au final, qui a favorisé l’éclosion de Daech ? Washington et Hilary Clinton l’a reconnu dans son livre. Qui a encore salué l’avènement de l’Islam politique ? Barak Obama.

La Tunisie a assurément bon dos. Qui sait ce que nous réserve Trump dans son délire anti-islam et dans cette nouvelle guerre des religions qui se profile à l’horizon à travers  ce nouvel axe Washigton-Londres, dès lors que le nouveau locataire de la Maison Blanche remet au gout du jour toutes les péjorations sur ce que l’administration Bush appelait « La Vieille Europe ».  En ce qui nous concerne, ce Printemps arabe, il n’y a pas  que Daech qui veuille l’ensanglanter. Un certain Occident cherche à nous le faire payer.

Raouf Khalsi


Météo
Tunis