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Publié le: 21 décembre 2016 à 15h06

De Farhat Rajhi et Sihem Ben Sedrine, passant par la Troïka et jusqu’à Abderrahmane Belhaj Ali: Le roman noir d’une police déglinguée

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Nous sommes en 1985. Les avions de guerre israéliens violèrent le ciel tunisien et bombardèrent le foyer palestinien de Hammam Chatt. Ils visaient les quartiers  généraux de Yasser Arafat. Personne ne les avaient vus venir. Nos radars -en avions nous d’ailleurs- ne les avaient pas captés. Bourguiba sortait de ses gonds. Il accusa directement les Etats Unis, convoqua l’Ambassadeur américain et menaça de rompre les relations avec Washington. Reagan était bousculé.

Le lendemain, le président américain dépêcha son émissaire Richard Nixon. Celui-ci devait déjeuner avec le leader pour tenter d’apaiser sa colère. Le déjeuner ne dura que vingt minutes puisque le vieux lion tapa du poing sur la table, exigeant une condamnation de cette violation de la souveraineté nationale, de la part des Nations Unies. Béji Caid Essebsi, alors ministre des Affaires étrangères, présenta la motion tunisienne et c’était pour la première fois dans l’histoire de l’ONU que l’Amérique ne s’opposait pas à une motion de condamnation d’Israël. En d’autres termes, la Tunisie de Bourguiba, historiquement impliquée dans la cause palestinienne, gardait toute son aura internationale. Aura qui s’est malheureusement fanée avec la vision étriquée des relations internationales qu’avait Ben Ali.

Maintenant il y a vraiment à s’étonner de ce que des âmes nostalgiques de la dictature répètent à l’envi qu’avec la police de Ben Ali et ses services de renseignements, l’assassinat de Mohamed Zouari n’aurait pas eu lieu. On oublie l’assassinat à quelques encablures du Palais de Carthage d’Abou Jihad. On oublie aussi les attentats de la Ghriba. Et l’on oublie la bande terroriste de Soliman  et  que le plus gros des services de renseignements était concentré sur les opposants, sur les islamistes, sur les militants de gauche, sur les mouvements des opposants et sur les membres de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme. Même avec Ben Ali, les Israéliens entraient et sortaient, sans oublier qu’après Oslo I et Oslo II, Israël avait un « petit » bureau de liaison à Tunis. Le fait est que les agents du Mossad, la centrale de renseignements malheureusement la plus performante au monde, sillonnent la planète en long et en large sous fausses couvertures.

Quoi de moins étonnant dès lors que le journaliste de la chaîne israélienne Channel 10 se présente à l’aéroport, officiellement comme écrivain et avec un passeport allemand. Qu’avait à dire l’Ambassadeur allemand appelé à s’y expliquer par les autorités tunisiennes. Cela le dépasse. Mais que l’affaire se révèle être planifiée depuis le mois de juin ; que le Mossad ait recruté des Tunisiens, dont la mystérieuse jeune fille ; que des voitures de location aient été mobilisées sans réelle traçabilité, cela donne à réfléchir. Selon le Hamas qui s’est approprié le martyr de Mohamed Zouari, il y a là toutes les facettes du modus operandi du Mossad.

A la limite cela pourrait se concevoir. Or ce qui ne s’explique pas, mais alors en aucun cas, c’est qu’un homme, un citoyen tunisien qui s’appelle Mohamed Zouari, militant de la branche AL Quassem, le bras armé du Hamas, ait réintégré la Tunisie après la révolution mais qu’il ne soit pas connu des services spécialisés de la police. De surcroît, il s’est beaucoup déplacé vers la Turquie sans parler de son épouse syrienne qui doit figurer sur les tablettes des services des étrangers du ministère de l’intérieur du fait qu’elle attend depuis cinq ans de bénéficier de sa carte de séjour. Autant d’interrogations mais qui mettent sur la sellette les services spécialisés, à commencer par les renseignements.

Pour autant, on ne saurait s’empêcher de déplorer que notre système sécuritaire soit aussi déglingué par les tiraillements politiques et institutionnels. D’abord une police parallèle, montée des temps de la Troïka et qui s’est révélée particulièrement efficace pour effacer les traces menant aux commanditaires des assassins de Chokri Belaid et de Mohamed Brahmi. Des crimes politiques et même, lâchons le mot, des crimes d’Etat évoquant directement l’assassinat de Kennedy.

Mais bien avant, il faudra remonter jusqu’à la funeste période de Farhat Rajhi et de ses « muses révolutionnaires », Sihem Ben Sedrine et Radhia Nasraoui et tous les trois auront mis à mort les services de renseignements et ceux de la police politique. Une police sans services spéciaux et sans renseignements : le résultat est là.

A cela, il faut bien noter que l’assassinat de Mohamed Zouari a eu lieu en plein cafouillage, avec la démission de Abderrahmane Belhaj Ali, qu’on a vite fait de dépeindre en « héros », en artisan de la sécurité vécue durant une année, mais dont on ne parle pas de la manière dont il a procédé à un nettoyage par le vide au sein des structures du ministère de l’intérieur. Un ministère plus que jamais en besoin d’être restructuré, de replacer les compétences là où elles doivent être. Un ministère de l’intérieur, ce n’est pas du jeu. Et particulièrement en cette époque où le terrorisme sévit partout. Berlin et Ankara et, tout près dans le temps, le Bataclan et La Promenade des Anglais en sont l’illustration. Mais avant eux nous avons eu le Bardo et Sousse.

Raouf Khalsi


Météo
Tunis