De qui se moquent nos parlementaires ? - highlights.com.tn
Publié le: 2 février 2017 à 10h02

De qui se moquent nos parlementaires ?

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ARP

Riadh Mouakher affichait une satisfaction coquine et, presque, jubilatoire devant la caméra après l’adoption par l’ARP de la loi électorale inhérente aux prochaines municipales. En tant que ministre de l’environnement et des collectivités locales, son empressement d’organiser ces élections municipales se justifie pleinement. Les Tunisiens ont en effet besoin d’une politique citoyenne et d’une gouvernance de proximité. Ils ont besoin de redorer le blason de leurs cités, devenues, toutes, de grandes décharges de détruis à ciel ouvert. C’est en effet à travers les municipalités, clochardisées depuis la «révolution», que s’exerce la vraie démocratie représentative. Mais il y a un hic.

Le hic se matérialise par le retard mis par nos élus à se pencher enfin sur cette loi. Chafik Sarsar n’aura eu cesse, depuis des mois, d’alerter l’ARP quant à l’urgence à adopter cette loi du fait que les Municipales ont toujours été, dans les démocraties qui se respectent, une machine lourde, avec une logistique pour le moins compliquée, parce qu’à chaque commune ses exigences et ses citoyens. Bien plus d’ailleurs que de démocratie représentative, il s’agit de démocratie directe et il s’agira de discourir, comme le décrit Platon, au sein de la Cité. Le retard mis, disions-nous, est dû aux divers sons de cloches au sein des regroupements parlementaires, qui n’ont pas tous la même conception de la cité et, encore moins, de la citoyenneté. Seule, comme d’habitude, Ennahdha voyait clair. Et ce retard mis dans l’adoption de cette loi lui aura permis de gagner du temps ; de mettre ses structures en place, de mener campagne en silence et d’attendre que Youssef Chahed leur rende un fier service avec les quotas assez conséquents dans le découpage régional des délégués. C’est maintenant que Nidaa Tounes s’est rendu compte qu’elle est en infériorité par rapport au frère ennemi nahdhaoui.

Cette confusion dans le temps entre désignation des délégués (dont bon nombre ne justifie guère de compétences requises en dehors de l’allégeance à Ennahdha) et l’adoption de la loi électorale des municipalités est pour le moins confondante. Et, en ce qui concerne particulièrement les délégués, l’ARP et sa commission des législations (présidée comme par hasard par Noureddine B’hiri), ont toujours systématiquement refusé de statuer sur l’exigence d’indépendance et de neutralité des délégués.

Le hic se matérialise aussi par l’entourloupette déployée au niveau de l’article 6 qui limite le droit de vote des forces sécuritaires ( militaires et police) aux seules municipales. Pas question donc pour eux de voter aux législatives et aux présidentielles. En soi, cela ressemble à un déni de citoyenneté. Des forces qui protègent le pays contre le terrorisme, qui payent de leurs vies cette guerre contre l’ogre obscurantiste, mais qui restent, dans leur essence, absolument républicaines et, donc, légalistes, sont d’abord des citoyens à part entière. Peut-être, la montée des syndicats effraie-t-elle. Car nous avons toujours été habitués à vivre avec « cette grande muette »  qu’est l’Armée et avec cette « baillonnette obéissante » qu’est la police. Si l’on n’a jamais prêté attention à l’Armée « dont la place est dans les casernes » comme le disait Bourguiba, les régimes dictatoriaux sous lesquels nous avons vécu pour près d’un demi siècle, auront cultivé une « haine » viscérale développée par le peuple à l’endroit de la police. Or , aujourd’hui, tout change. Le raffermissement constitutionnel de la citoyenneté intégrale des sécuritaires aurait servi à transcender ces vieux dépits et cette haine.Mais, là aussi, la main invisible d’Ennahdha a opéré en silence. Et, si l’on réunit les indices, la suspicion se justifie pleinement. Des mois en arrière, Rached Ghannouchi déclarait ouvertement que « l’armée et la police ne sont pas sûres ». Et rien qu’une semaine en arrière, Ali Larayedh, pourtant architecte de la police parallèle, déclarait que «  les sécuritaires ne sauraient avoir droit de vote qu’aux Municipales ». Voilà c’est fait.

Entre un hic et un autre, l’ARP nous sort, hier, une véritable loufoquerie : une commission parlementaire qui mènera des investigations sur les auteurs de l’embrigadement des terroristes tunisiens, partis rejoindre les rangs de Daech. Par quels mécanismes ? Avec quels moyens ? Et en concordance avec qui : les juges du pôle anti-terroriste, les autorités syriennes, irakiennes ou turques, le pays de transit ?

La vérité est que tout le monde s’agite face à l’imminent retour des terroristes tunisiens. Nous avons même entendu des parlementaires dire que « nous devons montrer à Trump que nous avons une véritable stratégie anti-terroriste ». Est-ce donc l’effet Trump ? En tous les cas, les instigateurs de cette commission n’ont pas à aller chercher loin. S’ils veulent savoir qui a falsifié les passeports, qui a fourni les fonds, qui a facilité le départ de ces criminels, c’est autour d’eux, dans l’hémycycle, que se trouvent les protagonistes. Ces protagonistes qui ne disent plus que « Daech, c’est l’expression de l’Islam en colère ».

Raouf Khalsi


Météo
Tunis