JCC2017


Publié le: 21 avril 2017 à 14h03

Enfants tunisiens détenus en Libye:
HONTE A NOUS ! HONTE A L’INSTRUMENTALISATION !

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Les faits sont effarants. Dramatiques. 44 enfants, dont plusieurs de bas âge, sont détenus en Libye, dans des geôles effroyables, parce qu’ils sont « les rejetons » de Daechistes (tunisiens bien sûr), morts dans l’attaque de Syrte. Ils attendent d’être rapatriés parce que, finalement, les Libyens eux-mêmes ne savent pas quoi en faire. Les autorités libyennes, du moins celles du gouvernement d’entente nationale présidé par Fayez Sarraj, ont même fait part de leur dépit face au manque de coordination avec la justice tunisienne et elles entendent par là « le manque d’engagement de la justice tunisienne ».

Certes, depuis déjà quelques semaines, le ministre des Affaires étrangères avait déclaré s’être entendu avec Fayez Sarraj pour qu’une délégation officielle tunisienne se rende en Libye et ait accès aux prisons dans lesquelles sont détenus ces enfants. On sait néanmoins comment fonctionne la diplomatie tunisienne : elle laisse venir ; elle ne va pas au devant des choses.

Il se trouve qu’entre temps et qu’en attendant que nos officiels se décident à bouger, Ibtissem Jebabli, députée de Nida Tounes et présidente de la commission des Tunisiens à l’étranger, a conduit une mini-délégation laquelle s’est rendue là où ces enfants, nos enfants, crient leur détresse. Coupables d’être nés de pères ou de mères jihadistes ?

Si tel est notre verdict ou du moins notre perception des choses, ils basculeront dans les mêmes avatars  et les mêmes  égarements  que leurs parents qui en ont fait de la chair aux canons. Ils pourront même développer le fameux syndrome de Stockholm qui fait que les captifs finissent par s’attacher à leurs geôliers. Et dans cette Libye à l’avenir incertain, tous les scénarii et, par-dessus tout, un scénario catastrophe, sont envisageables.

Ils ont scandé l’hymne national

Ibtissem Jebabli et ses accompagnateurs sont rentrés à Tunis avec au moins des chiffres. Ils sont 44 enfants, entre enfants de bas âge et adolescents entre 13 et 15 ans à être détenus dans les prisons libyennes. Sept enfants s’en tirent quelque peu puisqu’ils sont pris en charge par Le Croissant rouge de Misrata. Pour le reste, 22 croupissent dans la prison de Mitiga (à Tripoli), tandis que 15 autres accompagnés de leurs mères se trouvent à la prison de Misrata (200 km à l’est de Tripoli). Il y a même une adolescente de 13 ans, vraisemblablement enrôlée pour le « Jihad ennikah », qui vient d’accoucher en prison. C’est tragique. Il y a du pathétique aussi : à la vue de la délégation tunisienne à la prison de Mitiga, les adolescents tunisiens se sont mis à scander l’hymne national.

Il se trouve néanmoins que la délégation tunisienne a pu dégager une certaine traçabilité : la plupart de ces enfants ont été capturés après l’attaque de Syrte, même si l’on ne connait pas le nombre exact de Jihadistes tunisiens qui y ont péri. Certains parmi ces enfants étaient scolarisés en Tunisie ; d’autres sont nés en Libye, ce qui complique encore les choses sur le plan administratif. Plus compliqué encore, des cadavres de Jihadistes tunisiens sont dans la morgue et l’on attend de la part des autorités tunisiennes qu’elles les aident à les identifier. De là, justement, le dépit du gouvernement Sarraj : la justice tunisienne tergiverse. Sinon, elle s’avoue démunie de moyens scientifiques pour s’engager dans le processus compliqué de l’établissement de l’ADN. En tous les cas, nous n’en sommes pas à une tergiversation près. N’oublions pas à cet effet les flottements de nos services de renseignements quand la police fédérale allemande nous a demandé de lui acheminer « la fiche » de celui qui allait perpétrer le massacre de Noel à Berlin.

… Et l’on se focalise sur Jarraya

A l’évidence, cette affaire, comme toutes celles qui doivent mettre la Nation tout entière devant ses responsabilités est, néanmoins, vite instrumentalisée et tout aussi vite politisées. « De quel droit et en sa qualité de quoi Madame Jebabli s’est-elle engagée dans ce dossier ? », s’est-on écrié un peu partout, à l’image de la députée Néjia Ben Abdelhafidh (dissidente de fraiche date de Nida Tounes), et qui a quand même réussi à ameuter des « collègues » confortablement installés dans leur confort parlementaire.

Du coup, on fait le procès, encore une fois, de « la diplomatie parallèle », sur l’opportunité de laquelle le ministre des Affaires étrangères ne se prononce toujours pas. Et d’ailleurs, c’est un peu typique: chaque fois qu’une délégation parlementaire prend une initiative diplomatique, lui, il fait comme l’autruche. Le Président, en revanche, reste ouvert à tout, du moins en l’apparence. Il se trouve néanmoins que ce qui a suscité tant de controverses c’est la présence de l’incontournable Chafik Jarraya dans les parages.

En fait, c’est bien lui qui a usé de ses entrées en Libye pour faciliter l’accès de Madame Jebablia et de ses accompagnateurs à la prison de Mitiga. Pourquoi déclare-t-elle alors qu’elle « l’a rencontré par hasard » ? Et puis, que cela vienne de Jarraya ou de Satan lui-même, s’il y a moyen de parvenir jusqu’à ces malheureux pourquoi diable le refuser au nom d’un contre-argument institutionnel futile et infléchi par un réflexe épidermique? Dépassons cela. Plutôt, prenons au mot Youssef Chahed qui a promis la réouverture de l’ambassade tunisienne en Libye et celle du consulat à Misrata. Car entre temps, ces enfants sont abandonnés à leur sort.

Honte à nous !

Raouf Khalsi


Météo
Tunis