Publié le: 18 juillet 2017 à 20h57

Et hop, parlons français !

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sarkozy ricanant

A Nice, le Gouverneur de Sousse aura fait de nous la risée des Français…Juste après que Youssef Chahed eût fait sensation à Washington avec son anglais parfait…

C’est en effet un tableau contrasté. Les commentaires de la presse américaine ont été élogieux quant à la dimension d’homme d’Etat du Chef du gouvernement, signalant entres autres que le fait qu’il maitrise parfaitement la langue de Shakespeare a rendu la communication fluide et cela fait que les messages sont bien passés.

A Nice, en revanche, ce fut le patatras…La célébration du 14 juillet, cette année, a été marquée d’une solennité toute particulière et inédite. Macron a voulu que Nice, meurtrie une année auparavant par l’horrible attentat à La Promenade des Anglais, fasse dans la communion en hommage  aux martyrs. Le fait que l’auteur de l’attentat soit d’origine tunisienne passait en second plan. Le terrorisme en effet n’a pas de religion et il n’a pas de nationalité. La Tunisie, solidaire et elle-même endeuillée par les attentats du Bardo et de l’hôtel Impérial où des Français aussi ont perdu la vie, tenait à en être.

Il se trouve néanmoins que la volonté politique de participer à ce moment intense, à cette solennelle procession, n’a pas été techniquement bien étudiée. L’idée de la participation à l’hommage de Nice est, croyons-nous savoir, sortie de Carthage, dès lors que les relations internationales sont l’apanage du Président. Et le Président, on le sait, a fait de la coordination de la lutte contre le terrorisme entre la Tunisie et nos amis occidentaux son cheval de bataille.

Il pouvait à ce titre y dépêcher le ministre des Affaires étrangères (qui soit dit en passant n’est pas lui-même un foudre de guerre de la langue française). Sauf que c’est le gouvernement qui s’est chargé du casting. Et le fait que Sousse et Nice soient jumelées, on s’est dit que le Gouverneur serait le mieux adapté à raffermir les liens entre les deux villes et à exprimer cet élan de solidarité. Casting raté toutefois, fait à la hâte, parce qu’il se trouve que le Gouverneur Adel Chlioui est à mille lieux de pouvoir s’exprimer en français, massacrant les voyelles, titubant sur les noms, désignant Macron par « Marcon », se plantant sur le nom du Maire de Nice, roulant les r (là ce n’est pas méchant) mais qu’il était conditionné par le trac, ce qui se comprend par ailleurs.

Pour autant, nos décideurs sont passés outre un élémentaire parallélisme des formes. C’est plutôt le Maire de Sousse qu’on devait dépêcher à Nice dès lors que les deux villes sont jumelées. Or le focus de cette participation tunisienne s’articulait autour d’un thème bien ciblé : le terrorisme. C’est peut-être là que se justifie le choix porté sur le Gouverneur. Soit. Sauf que la typologie ne s’y adapte pas, même si c’est moins grave que l’exhibition de Hamadi Jebali dans une interview à une chaine française traitant le Capital de « Jabane » parce qu’il n’a pas trouvé le qualificatif « lâche » ? Le problème est néanmoins autrement plus complexe. Et il se place à deux niveaux.

D’abord le recul « méthodique » du français, politiquement planifié par Mohamed Mzali au nom de l’arabisation tous azimuts, à l’école, au lycée, au Supérieur et surtout dans les rouages de l’administration. La révolution Mzali commençait par l’arabisation des maths, jusqu’aux sciences humaines et elle prétendait même arabiser la médecine. Elle n’a pas pour autant réussi à anoblir la langue arabe et cela fait que nous nous sommes retrouvés avec deux générations qui ne maitrisent pas plus l’arabe que le français.

Ensuite, on ne saurait faire abstraction du désengagement de la France dans tout l’espace francophone, excepté le Canada. Un recul romanesque d’abord, du fait que la France a reculé à hauteur de 65% dans la production annuelle de livres, par rapport à la floraison d’ouvrages des années 70. Par ricochet, cela rejaillit sur les centres culturels français dans les pays francophones dont, bien sûr, la Tunisie.

Nos étudiants doctorants en langue française déplorent toujours le manque d’ouvrages dans leurs facultés et le côté vétuste de la médiathèque Charles De Gaulle. L’ambassadeur Olivier Poivre D’Arvor, homme de culture en est conscient. Et c’est ce qui motive la campagne : « Je m’exprime en français », même si les esprits rétrogrades parmi nos arabisants y décèlent des réminiscences post-colonialistes. Un thème consommé.

On ne finira pas sans mentionner les ricanements idiots de Sarkozy au moment où le pauvre Gouverneur de Sousse prononçait son discours. Qu’a-t-il fait lui-même pour revaloriser la langue et la culture françaises ? Les Tunisiens retiennent juste qu’il soutenait Ben Ali jusqu’au bout. Et que sa ministre proposait une aide logistique policière pour mâter la révolution qui grondait.

Raouf Khalsi


Météo
Tunis