Exclusif: Les moments forts de la réalisatrice suisse, Kantarama Gahigiri avec le public tunisien ! - highlights.com.tn
Publié le: 31 mars 2017 à 11h53

Exclusif: Les moments forts de la réalisatrice suisse, Kantarama Gahigiri avec le public tunisien !

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 Kantarama Gahigiri

Nous avons eu le grand plaisir d’interviewer, Kantarama Gahigiri, coréalisatrice du film « Tapis Rouge » projeté sur plusieurs grands-écrans tunisiens dans le cadre des journées de la Francophonie.

Pourquoi cela a été un grand plaisir de rencontrer Kantarama Gahigiri ? C’est simple ! Cette réalisatrice suisse est impressionnante et arrive tout facilement à vous communiquer sa passion pour le 7ème art.

Son master en relations internationales en poche, elle s’envole pour New York après avoir reçu la prestigieuse bourse Fulbright pour faire un mastère en cinéma. Elle a participé à de grands projets notamment Man in black 3, Suits et Person of interest.

De retour en Suisse, elle a embarqué dans l’aventure « Tapis Rouge », un film à grand succès, programmé et primé dans plusieurs festivals en Europe, Afrique, Amérique et Asie !

La tournée « Tapis Rouge » en Tunisie a été bien particulière. C’est sur cela que nous allons revenir dans l’interview ci-dessous juste après en savoir plus sur le film :

Tapis Rouge

Comment a débuté le projet « Tapis Rouge » ?

Le projet  « Tapis Rouge » a commencé, il y a 4 ans.

J’ai reçu un coup de fil de Fred Baillf (coréalisateur du film). Il m’a dit « Je crois qu’il y a des jeunes à Lausanne qui aimeraient faire un film.  Est-ce que tu aimerais venir voir avec moi ? ».

J’ai dit « Oui bien sûr ! ». On est parti à la rencontre de ces jeunes et on a discuté avec eux. Ils voulaient faire un film d’action avec braquage de banque, hélicoptères…etc. On leur a dit « Désolé, on n’a peut-être pas le budget pour faire ça mais on a une autre idée ».

On s’est mis d’accord et c’est là que l’aventure « Tapis Rouge » a commencé. J’appelle ça « l’aventure » parce que c’est parti d’une idée et là ça fait 3 fois qu’on fait le tour du monde avec le film. C’est une aventure exceptionnelle C’est plus qu’un film,  on est devenu une famille.

Vous avez uniquement 2 mois pour tout mettre en place ?

On a commencé à écrire l’histoire et à la tester dans l’atelier d’un professionnel puisque ces jeunes n’avaient jamais fait ça. On a fait des ateliers et puis, en même temps on écrivait. On n’a pas eu beaucoup de temps. En fait, c’est une histoire qui nous emmène jusqu’au festival de Cannes. Et comme on a commencé en mars et le festival de Cannes est en mai, on a eu deux mois pour tout mettre en place et débuter à filmer. « Tapis Rouge » est un roadmovie qui part du quartier à Lausanne et qui va jusqu’au festival de Cannes.

Quels aspects aborde le film ?

Les jeunes sont issus d’un quartier difficile à Lausanne. C’est une situation de la Suisse qu’on ne connait pas forcément. On pense toujours aux montagnes, au chocolat et aux montres mais nous, on a aussi une réalité qui n’est pas cette réalité – carte postale.

En tournant de par le monde avec le film, il y a des gens qui nous ont dit « On n’a jamais vu la Suisse comme ça et le côté que vous nous montrez nous intéresse.

Le film parle aussi d’intégration, d’immigration… Ce n’est pas abordé de front mais c’est une situation qui est bien présente.

Avez-vous du mal à encadrer ces jeunes qui sont issus d’un quartier assez difficile ?

Non, on n’a pas eu de problèmes du tout parce que c’est eux qui voulaient faire un film. On a fait un contrat moral au début. On a mis de hautes exigences. On leur a dit que c’était difficile, qu’il fallait se lever parfois à 6h du matin et qu’on allait travailler toute la journée et s’ils voulaient s’engager sur le projet, ils devaient être là, tout le temps… Et ils l’ont fait.

Nous étions encadrés par deux travailleurs sociaux. Ils sont venus avec nous. Dans le film on a un personnage principal qui est Frédéric Landenberg qui était le seul acteur professionnel et j’aimerais beaucoup saluer sa performance parce qu’il nous a vraiment tous aidés énormément par sa maîtrise du métier de comédien et les jeunes ont pu se reposer sur lui.

Rencontre avec le public tunisien 

Comment s’est passée votre rencontre avec le public tunisien ?

J’ai eu beaucoup de plaisir à faire les projections ici parce que, premièrement, je sens qu’il y a une vraie culture du cinéma dans ce pays. Il y a vraiment des gens passionnés. On le sentait lors des discussions tenues dans les débats après la projection du film. Les sujets de discussions portaient non seulement sur le film mais aussi sur la vie, la jeunesse, l’espoir…des thèmes extraordinaires ! Je remercie énormément le public tunisien parce que j’ai vécu des expériences très fortes.

Où avez-vous fait des projections du film ?

On a fait une projection à Tunis pour l’ouverture du festival du film francophone, ensuite, on a fait une tournée dans les ciné-clubs avec la Fédération Tunisienne des Ciné-Clubs. On a pu ainsi projeter dans d’autres villes, ce qui me tenait à cœur.

Il y a une dizaine de jours, j’ai fait une projection au Kef dans le cadre du festival du film suisse  organisé par une association tunisienne basée à Genève qui s’appelle le Pont Genève.

A chaque projection, j’insiste beaucoup pour que les jeunes viennent voir le film et ce qui est extraordinaire, c’est qu’on voit que le film parle à ces jeunes Tunisiens, pas seulement les jeunes mais pour moi, c’est important de donner un peu une perspective aux jeunes et de leur montrer qu’avec une petite idée et beaucoup de volonté, on peut faire des choses et les gens viendront après les aider et leur donner un petit peu d’espoir.

Quelles ont été les projections les plus fortes ?

Les projections dans les prisons. On a fait des projections dans 3 prisons grâce à l’Organisation Mondiale Contre la Torture et l’Ambasssade suisse et l’Organisation Mondiale Contre la Torture. Je cite, en premier lieu, la prison des hommes à Mornaguia. 200 personnes ont vu le film et  ont été très touchés. Ils ont posé des questions précises sur le film, on a échangé après… c’était magnifique. Ils m’ont dit «merci de venir, c’est une véritable bouffée d’air frais. »

Ensuite, j’ai fait une projection dans la maison de correction des jeunes à El Mourouj. C’était des jeunes de 13 à 16 ans  et c’est justement à cet âge qu’on ne sait pas ce qu’on va faire de sa vie et « Tapis Rouge » leur a parlé.

J’espère que maintenant ils ont envie de faire un film ou même autre chose. Les encadrants leur ont dit « si vous avez des idées, nous, on va essayer de vous aider ». J’espère que dans un an ou deux, si je reviens, il y aura des fruits.

Tapis Rouge a également été projeté à la prison des femmes. J’étais très émue. Il y a eu également un bel échange avec les prisonnières.

C’est la première fois que je fais des projections dans les prisons et je me rends compte que c’est important parce qu’ils n’ont pas forcément accès à grand-chose.

C’est la première fois que vous venez ici en Tunisie ?

J’étais déjà venue en Tunisie avec ma classe quand j’étais au lycée. On a visité Tunis, Sidi Bou Saïd, Hammamet, Sousse, Monastir, Tozeur… c’était il y a longtemps et ça a bien changé maintenant. Je redécouvre ce pays.

Au Kef, je suis allée à l’Institut de théâtre et de danse et j’ai rencontré les jeunes là-bas. J’ai aussi fait une master class à l’Institut Français avec des étudiants en cinéma et on a beaucoup échangé. Je vois qu’il y a vraiment beaucoup de gens très talentueux ici.

Ce que vous avez vécu est un peu contradictoire à l’image que donnent les médias étrangers, non ?

Oui, on ne sait pas en fait, on ne sait pas trop. On arrive ici, on a une certaine image et on se rend compte que ce n’est pas du tout ça. Il y a beaucoup de gens qui ont des talents, des envies.

Je vois aussi qu’il y a des structures mais il manque peut-être le lien entre les deux. C’est là-dessus qu’il faudrait travailler un peu plus.

On espère une autre tournée en Tunisie ?

Avec grand plaisir ! Ça me ferait très plaisir de revenir pour une tournée ; pour un workshop ou une résidence. Oui, l’accueil ici est formidable !

Quels sont vos futurs projets ?

Je suis en train de terminer un documentaire pour la télévision suisse. J’ai aussi terminé de réaliser des clips vidéos pour des artistes amis en suisse et j’ai commencé à écrire le prochain film que j’ai très envie de tourner en Afrique de l’Est et j’ai aussi quelques scènes qui se passeront dans le désert. Et Pourquoi pas ne tourner ses scènes dans le désert tunisien ? Il y a des endroits fantastiques ! Donc voilà, je garde un œil ouvert :)

Suivez toute l’actualité de « Tapis Rouge » ici !

Propos recueillis par Faten Touhami pour le compte de Highlights.com.tn


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