Férid Béji: Buzz ou dérapage contrôlé !? - highlights.com.tn
Publié le: 10 avril 2017 à 17h07

Férid Béji: Buzz ou dérapage contrôlé !?

Partager

ferid beji

Un imam anticonformiste ? Cela on le savait depuis belle lurette. Un rien excentrique, cela aussi sautait aux yeux, à travers ses courageuses prises de positions sur les plateaux, aux lendemains de la « révolution ». En tous les cas, ils étaient deux, lui et Abdelfattah Mourou à recentrer le discours religieux de l’époque alors que, dans l’ivresse de la puissance, Ennahdha vouait « les mécréants », à la rédemption et à l’enfer.

Mais à l’inverse de Abdelfattah Mourou (qui est toujours en bonne place dans les sondages), Férid Béji était est le seul imam à crier haut et fort que la société tunisienne ne peut s’accommoder que d’un Etat séculier et que, dans tous les cas de figures, le référentiel religieux et outrancièrement religieux tel qu’appliqué et imposé des temps de la Troïka, était une bombe à retardement.

Férid Béji est en effet l’icône de l’imamat zeitounien. Il est dans la pure lignée d’une spiritualité où religion et modernité coexistent harmonieusement, selon les préceptes de Tahar Ben Achour, repris et réadaptés par son fils Fadhel Ben Achour, le Mufti préféré de Bourguiba. Et si la Tunisie a bien inscrit que sa religion est l’islam dans sa première constitution – mais non pas un pays musulman- c’était pour mieux asseoir cette fondamentale donnée séculière. On n’a pas pu y toucher lors de la rédaction de la deuxième constitution, malgré toutes les manœuvres de coulisses d’Ennahdha, parce qu’il y allait de la laïcité de l’Etat dans ses fondements originels.

Férid Béji fait donc le buzz à Kairouan. A écouter l’enregistrement de son discours devant les Nidaistes et pas seuls, on eut dit qu’il était dans un état de transe. On épiloguera longtemps encore sur les révélations tenant à ce que lui a dit Béji Caïd Essebsi : à savoir qu’ « Ennahdha sera éliminée (du pouvoir ou éliminée tout court ?), de manière progressive, à la manière d’une bague qu’on soustrairait du doigt de la main ». On se demandera encore pour un certain temps s’il fallait révéler la teneur des confidences que lui a faites le Président. Quelque part, cela aura eu l’effet d’un traitement de choc. D’autant que c’est le Président lui-même et fondateur de Nida Tounes qui s’apprêterait à dénoncer le deal de Paris. Au moins, nous sommes édifiés quant à la stratégie future et même immédiate du parti : décrocher 140 sièges et se débarrasser de cette cohabitation contre-nature avec le mouvement du « frère Rached ».

Pour mieux cerner ce qui s’est passé et ce qui a conduit Férid Béji à prononcer ces mots lourds de sens et lourds d’avenir, il faut bien remonter à la « petite » révolution de palais qu’a connue Nida Tounes. Réintégration des dissidents et des repentis ; recours à l’expertise politique de Borhène Bessais ; front commun contre les accusations de corruption auxquelles a fait face Sofiène Toubal ; éjection de Laila Chettaoui dont il s’avère qu’elle s’est laissé bercer par les sirènes de Mohsen Marzouk : autant de signes avant-coureurs d’une refonte générale au sein du parti qui risquait de succomber aux coups de boutoirs de Ridha Belhaj, Mohsen Marzouk, Slim Riahi aujourd’hui embarqués dans ce « Front National du Salut ».

Et sur ce chapitre bien précis, nous aurons eu un échantillonnage exprimé par Slim Riahi lui-même à la télévision annonçant avec effronterie qu’ « il ne compte pas investir un rond dans ce pays ». Ses frasques au Club Africain sont d’ailleurs là pour nous édifier quant à l’opportunisme politique de celui qu’on surnommait « le Berlusconi tunisien ».

Sauf que si Férid Béji a osé révéler ce plan « d’élimination politique d’Ennahdha », c’est parce qu’à Carthage, on sait que Rached Ghannouchi n’est plus sûr et que la montée des nouveaux faucons est en train de l’acculer pour remettre au goût du jour la funeste matrice de base : l’islam politique, son roman des origines et qui ressurgira inévitablement dans les prochaines campagnes, à commencer par les municipales…. Et déjà les imams prédicateurs, tous sous l’aile d’Ennahdha, à l’instar du « vénérable » Ben Hassine, se sont lancés en plein dans une campagne anti-civile et renoué avec un discours obscurantiste, véritable raz de marée depuis l’affaire d’El jem et celle de Msaken, ameutant les foules contre des points de vente d’alcool tout à fait légaux.

Ennahdha ne réagit pas et laisse faire. Parce qu’au fond, il ne s’agit pas de religion. Il s’agit d’argent sale, de contrebande d’alcool dont certains dividendes reviendront à la « mafia religieuse ». Le seul contrebandier écoulerait en effet en moyenne journalière 2000 cartons de bière. Faites le compte à raison de 200 millimes de bénéfice par canette… Et l’on ne parle pas de vin. Dommage que l’Etat ait reculé.

Et c’est finalement dans ce contexte de recrudescence du prêche fondamentaliste des imams nahdhaouis que Nida Tounes lance son imam à lui. Il déclare même son aversion contre Ennahdha qu’il dit « détester ». A Kairouan, il aura sonné la charge !

Raouf Khalsi


Météo
Tunis