JCC2017


Publié le: 28 mars 2017 à 18h22

IVD: Mme Ben Sedrine met le feu aux poudrières de l’Histoire !

Partager

focus2

Ceux qui ont raté, hier, au plateau de Mériem Belkadhi, la grande prestation de Raja Farhat, un adulte de notre époque, se seront aussi privés d’une belle leçon d’histoire, l’Histoire, justement qu’on ne peut pas réécrire selon ses lubies et encore moins fantasmer.

Raja Farhat réagit au procès de l’inquisition installé par l’Instance Vérité et Dignité pour diaboliser un pan important, sinon déterminant de notre histoire, allant du 1er juin 1955, date du retour triomphal de Bourguiba à La Goulette, avec à la clé l’autonomie interne, jusqu’au 20 mars 1956, jour de l’indépendance.

Que s’est-il passé durant cette année fatidique que Bourguiba et ses fidèles compagnons ont mise à profit pour arracher chaque jour un peu plus des pans de la souveraineté nationale ?

Inévitablement, Salah Ben Youssef, grand militant, peut-être bien au même titre que celui qui allait devenir « Le combattant suprême »,  ré émergé du fond des ténèbres et fait entendre sa voix. Pas plus qu’on ne puisse écrire l’histoire sans Bourguiba, on  ne saurait la réécrire sans Salah Ben Youssef. A ses heures Bourguiba l’avait rayé des manuels d’histoire. Ben Ali l’y a replacé lui attribuant une place de choix dans le panthéon de la mémoire collective.

Sauf que cela tient aux historiens et à eux seuls de nous éclairer sur cette période convulsive de l’Histoire de notre pays. Plusieurs d’entre eux l’ont fait. Et le dernier en date nous a été laissé, comme refuge et source de la mémoire, par feu Habib Boularès dans un monumental ouvrage de 720 pages intitulé tout simplement HISTOIRE DE LA TUNISIE.

Il y part de la préhistoire jusqu’à la révolution. Tout y est. Et, pour ce qui nous concerne ici, le conflit, à la limite idéologique, entre Bourguiba et Ben Youssef. Un affrontement aussi entre deux égos surdimensionnés.

Sans doute, pourra-t-on et doit-on se demander ce qui a conduit deux frères d’armes à s’entre-tuer. On pourra aussi autant reprocher à Bourguiba de s’être contenté de l’autonomie interne, alors que depuis son exil à Madagascar Mohamed V poussait le colonisateur français jusqu’à ses ultimes retranchements pour finalement obtenir l’indépendance totale et intégrale, qu’à Salah Ben Youssef d’avoir « ordonné » aux maquisards de ne pas déposer les armes. Et jusqu’en 63, Lazhar Cheraiti, grand militant lui aussi ne s’y résignait pas, jusqu’à fomenter le coup d’Etat et programmer l’assassinat du Président. La sentence était dès lors inévitable : la peine de mort.

Salah Ben Youssef, on le sait, avait tout refusé en bloc. Jusqu’à l’exhumation de la dépouille du grand Farhat Hached enterré à Kerkennah et une grandiose marche, cercueil sur les épaules, jusqu’à la Kasbah où Bourguiba et les siens ont aménagé un mausolée qui sied à sa dimension. Dans tout le processus d’accession à l’indépendance, moins d’une année après l’autonomie interne, se sentant menacé de mort, Salah Ben Youssef était absent. Plutôt, il se mettait sous l’aile du panarabisme de Jamel Abdebnnacer lequel a d’ailleurs fini par le lâcher. Fuyant la Tunisie, Ben Youssef se réfugiait en Allemagne et, plus précisément à Francfort, où il a été assassiné. Par qui ? Il faut le demander aux Djerbiens eux-mêmes. A ses cousins. Bourguiba l’a-t-il commandité ? Personne n’en détient la vérité. Crime d’Etat ? Bien évidemment, tout autant d’ailleurs que celui de Mehdi Ben Barka.

Au demeurant, on ne pourra pas s’accommoder de la funeste « ferveur » inquisitoire mise par Sihem Ben Sedrine à vouloir coûte que coûte orienter les doléances de ceux que Bourguiba aurait liquidés en cette années de grands périls et de grand défis. Le montage tient à la persécution des Youssefistes, depuis le 1er aout 1955, aux fameuses liquidations physiques de « Sabbat Edhlam » ; liquidations qui se sont poursuivies même après le 20 mars 56. Un documentaire absolument minable écrit et prononcé en un arabe médiocre était concocté pour la circonstance. Et, du coup, Sihem Ben Sedrine s’abîmait dans le bourbier du révisionnisme historique.

Les « victimes » n’ont plus leur bourreau en face. Elles ne savent même plus quel type de réparation revendiquer. Et, surtout, plus grave et plus cruel encore, elles ne se ravisent pas d’être instrumentalisées par une instance dominée par une « dame » qui règle ses comptes avec Bourguiba et qui cherche obstinément à impliquer Béji Caïd Essebsi, en sa qualité de Directeur de la Sûreté nationale de l’époque, dans cette guerre féroce entre Bourguiba et Ben Youssef.

Il y a quelques mois, nous écrivions à Highlights un article intitulé Un électron libre appelé Sihem Ben Sedrine. En l’occurrence, nous n’inventions rien que tout un chacun ne savait déjà. A savoir, une machine à broyer l’histoire, l’histoire réelle, à réveiller les démons de la partition du pays et, particulièrement, en cette époque où la révolution aura agité les spectres de la haine, faisant de nous un pays sans modèle et sans avenir. Grâce à Sihem Ben Sedrine, on gifle les morts comme le dirait Paul Nizan.  Et de son fait à elle, aucune réparation ne sera faite et aucune justice ne sera rendue. Car cette femme aime avoir un petit joujou entre les mais pour en faire un objet explosif. Elle se sera jouée de Farhat Rajhi et l’a même envouté au point qu’il fit voler en éclats les structures séculaires du ministère de l’intérieur. La Constituante de Yadh Ben Achour lui taillait sur mesure une Instance qui ne respecte aucune dignité ni ne rétablit la vérité. Tout est fallacieux. Tout se fait pour attiser la haine et la vindicte. Avec Sihem Ben Sedrine, c’est pire qu’avec la Reine Margot.

Raouf Khalsi


Météo
Tunis