JCC2017


Publié le: 9 novembre 2017 à 16h05

JCC 2017: On a regarder pour le film à polémique « L’insulte », un film remarquable qui brise les tabous

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l'insulte

Le public de la 28ème édition des Journées Cinématographiques de Carthage avait rendez-vous mercredi 8 novembre 2017 avec la projection du film à polémique, « L’Insulte » en arabe « Qadiya raqm 23″.

Réalisé par le franco-libanais Ziad Doueiri, ce film a beaucoup fait parler de lui et a été source de polémique en Tunisie. Plusieurs ont appelé au boycott de la projection de ce film en Tunisie sous prétexte que son réalisateur était un pro-israélien.

Produit par la Française Julie Gayet, « L’Insulte » raconte l’histoire de deux hommes, Tony Hanna, un Libanais et nationaliste chrétien, et Yasser Salameh, un réfugié palestinien qui après un léger incident entrent en conflit.

Tony Hanna arrose les plantes de son balcon. De l’eau s’écoule accidentellement sur la tête de Yasser Salameh, contremaître du chantier attenant. Une violente dispute éclate. Yasser, excédé, insulte Tony. Blessé dans sa dignité, Tony décide d’attaquer Yasser en justice. S’ouvre alors un long procès. La bagarre devient alors une affaire nationale, ravivant les divisions entre Palestiniens et Chrétiens Libanais.

Dans le film, Tony, incarné par l’acteur libanais Adel Karam a lancé  » Sharon aurait dû vous annihiler tous », à l’adresse du Palestinien Yasser, incarné par Kamel el-Bacha. Une référence au massacre dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila en 1982, perpétré par des milices chrétiennes. Cette phrase a beaucoup touché Yasser qui n’a pas pu s’empêcher de frapper Tony. Un geste qui a causé des désagréments physiques et moraux à Tony.

Tony, lui, est traité de « chien sioniste » : un autre tabou de la guerre au Liban lorsque des factions chrétiennes ont collaboré avec l’Etat hébreu pour repousser la menace que représentaient les Palestiniens pour le Liban.

Dans les années 1970, l’établissement de factions armées palestiniennes au Liban était rapidement devenue la pomme de discorde dans ce petit pays. La guerre oppose au départ milices chrétiennes et factions palestiniennes, avant de dégénérer en conflit armé entre chrétiens d’une part et musulmans et factions de gauche favorables à la cause palestinienne de l’autre.

Ce film qui rapporte l’évolution d’une banale bagarre nous plonge dans une affaire plus grande que ça. Une affaire qui aborde de manière franche et sans clichés le thème de la réconciliation, dans un pays où il n’y a jamais eu après la guerre d’enquête officielle, de travail de mémoire ou de commissions nationales de réconciliation.

Si les séquelles sont encore vivantes, le chemin vers le purgatoire est possible, semble suggérer le film, avec les personnages se rapprochant au fil du scénario. Un silence empreint d’émotion s’installe dans la salle à la fin du film, avant que les langues ne se délient.

Tout est parfait dans ce film, la lumière, le son, la musique mais surtout le script qui commence dûment par une insulte, est d’une audace rarement ressentie dans le cinéma libanais abordant la guerre.

Le scénario qui a été écrit par Ziad Doueiri et Joelle Touma est d’une précision sans faille. Tout est bien étudié, chaque mot est à sa place.

On ne sort pas bête de ce film qui ne raconte pas l’histoire d’un conflit, mais nous raconte la loi, et l’histoire de La Palestine et du Liban.

Un film remarquable qui brise les tabous de la mémoire libanaise et transcende les frontières nationales par ses qualités cinématographiques.

Un très beau film, qui a remporté en 2017 au Mostra de Venise la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine pour Kamel El Basha et qui à notre avis mérite amplement le Tanit d’or des Journées Cinématographiques de Carthage.

Ibtissem Zakia Ben Abdallah


Météo
Tunis