JCC2017


Publié le: 23 novembre 2017 à 16h37

La dernière: «Rached Ghannouchi futur Président de la République» !!!

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Rached-Ghannouchi

Tels que vont les choses entre cultes de la personnalité, révisionnisme historique, légitimité populaire usurpée et spéculations quant à un avenir incertain, la politique en Tunisie n’a pratiquement plus de repères. Quitte à s’accommoder de l’effronterie, de se jouer de la sensibilité populaire. On sait cependant que cette sensibilité populaire est le cadet des soucis de nos politiques. En fait, tous, pratiquement tout, se meut à coups de « Fatwas », pour rester dans la sémantique islamiste de l’air du temps. Même les figures dites « démocratiques » se prennent au jeu.

Du coup, la « Fatwa » qui fait actuellement le buzz, c’est Mohamed Ghariani, dernier Secrétaire général du défunt RCD qui la débite sans gêne. « Rached Ghannouchi pourrait-être un futur grand Président pour la Tunisie (…). Son expérience, sa dimension internationale l’habilitent pour. »

On ne savait pas que l’ADN politique pouvait aussi facilement muer, aussi promptement se mouvoir de la chose à son contraire. Le RCD, parti Léviathan, parti-Etat était dans sa logique outrancièrement anti-islamiste. Et Mohamed Ghariani en était l’exécutant, ce qui atténue quelque peu sa responsabilité dans la chasse aux sorcières, dans la connexion avec la police politique dans la persécution des opposants au régime. Sauf que, là, il commet ce qu’on appelle tout simplement « un parjure ». Jeu d’intérêts ? Peut-être. Décryptage des pesanteurs de la vie politique et de la force de frappe d’Ennahdha ? Soit. Fausse dévotion pour Rached Ghannouchi, après que Béji Caïd Essebsi  lui ait fait comprendre qu’il n’avait que faire de ses services? Sans doute…En tous les cas, cet authentique plébiscite provoque l’indignation de la société civile tout autant que les forces centristes démocratiques et ne laisse pas indifférent, tant à Carthage, qu’à Montplaisir…

A Carthage, on scrute. On attend une réaction de la part du Cheikh suprême, réaction qui du reste ne vient pas. Il n’en reste pas moins qu’on y voit encore la récurrence de cette succession ouverte de Béji Caïd Essebsi. On le sait : le Président fait un point d’honneur à ne pas en parler, il a même consenti, pour la première fois, à ce que ceux qui n’en finissent pas de le « tuer », quels qu’ils soient désormais, soient poursuivis en justice. «Il n’est pas temps de mourir », aurait-t-il, non sans humour, confié à des proches parmi son entourage. Il est tout de même irrité par les spéculations, sur encore  deux bonnes longues années, sur sa succession. Il est même sorti de ses gonds en apprenant que Nida Tounes concoctait un plan de « Mounachada », d’acclamation pour la présidentielle de 2019. Dans son esprit, cela déstabilise l’Etat et ses institutions qui s’en retrouveraient ainsi paralysées….Dans la foulée, il a apprécié que Rached Ghannouchi fît injonction à Youssef Chahed de ne pas se porter candidat à la future présidentielle.

A Montplaisir, l’autre versant du Pouvoir en Tunisie, l’acclamation de Mohamed Ghariani est jugée intéressante, quoique différemment interprétée, selon qu’on fasse partie des vieux faucons qui sont pour le coup d’Etat permanent et qui attendent de Rached Ghannouchi qu’il revienne au référentiel religieux, c’est-à-dire islamiste, selon le modèle turc. Ou selon la nouvelle vague qu’Ali Laarayedh vient de rejoindre, trahissant son maître, lui brûlant même la politesse quand il s’est déclaré prêt pour la présidentielle. Un Brutus en somme, si tant est que le « cheikh suprême » sache qui est César et qui est Brutus.

Au-delà de l’écume des choses, il faudrait bien poser la question au premier intéressé, Rached Ghannouchi : « Feriez-vous un bon Président ? ». Une gymnastique d’introspection dont il est « scientifiquement » incapable. Car tout est tactique à ses yeux. La chute de la Troïka, sur instigation de « son frère El Béji », cette Troïka qui l’avait intronisé maitre du pays, eh bien cette chute lui est restée en travers de la gorge. Son expansionnisme islamiste, ses prises de positions pour le Qatar, ses projets de fondations (nous avons déjà une fondation et une école coraniques turques, cela a échappé à la vigilance de BCE), ses va et vient à Alger pour s’assurer le soutien au moment venu de Bouteflika et toutes les manœuvres (la nouvelle Troïka) représentent autant de signes qui ne trompent pas. Le look dessiné par l’agence de com américaine, les faux appels à l’apaisement social, la perverse accommodation du Document de Carthage : tout sonne faux…Il s’est d’ailleurs démasqué, il y a quelques jours, déclarant ouvertement que toute atteinte à Ennahdha est une atteinte à la sûreté de l’Etat. La société civile est avertie…

Quelle mouche a donc piqué Mohamed Ghariani ? Car pour savoir si Rached Ghannouchi « ferait un bon Président », il nous suffit de revivre les années cauchemar de la Troïka. L’oubli interdit.

Raouf Khalsi


Météo
Tunis