JCC2017


Publié le: 2 novembre 2017 à 14h26

La police pointe un doigt accusateur vers les politiques 

Partager
commandant Riadh Barrouta

Commandant Riadh Barrouta

Les forces sécuritaires, toutes branches confondues, haussent le ton. Dans leurs rugissements, ils déplorent l’indolence de l’Etat, les fausses compassions des politiques et s’en prennent plus particulièrement aux députés, dont bon nombre bénéficie d’une protection rapprochée, mais qui range parcimonieusement dans les tiroirs, le projet de loi de protection des forces sécuritaires.

Un agent de la circulation aura lutté durant 24 heures contre la mort à la Rabta. Le pronostic vital était engagé. Il vient de décéder. Son tort c’est d’avoir été là au mauvais endroit et au mauvais moment. Mais il était là pour faire son travail. Le terroriste passait par là. Il l’a choisi, lui est l’autre agent blessé, pour ainsi dire au pif. Dans ses déclarations, il affirmera, sans regrets, que la police est au service des mécréants. Dans la vision takfiriste, les policiers représentent « les taghouts », terme systématiquement utilisé, devenu même banalisé et, pourtant, tragiquement lourd d’implications.

On le sait : les forces sécuritaires (et l’armée) sont essentiellement d’essence républicaines. Elles sont donc apolitiques et, même, interdites de politiques. Pourtant, elles sont bien dans la mouvance politique.  Malgré elles.

Après la « révolution », elles ses sont organisées en syndicats. Il fallait bien le leur concéder, parce qu’elles sont les premières à être au front dans la longue, dans l’interminable guerre contre le terrorisme. Celui-ci a frappé à plusieurs reprises. Mais la désagrégation de Daech ne signifie pas qu’il est pour autant éradiqué. La veille de l’attentat du Bardo, une soirée d’Halloween, Manhattan subissait un traumatisme sans précédent. Maintenant, il n’y a plus à proprement parler, de noyau de décision. Les terroristes agissent désormais en solitaires.

Excédé par tant d’interprétations sur le qui, le comment, le pourquoi, le Général Jamel Jarboui, haut cadre de la police de la circulation, sort de ses gonds : « Mais qu’est-ce qu’on en a à foutre que ce chien (il parle du terroriste) soit au service de Daech, d’Al Qaida, ou de n’importe qui…Pour moi, à 7h30 du matin, il n’était pas encore un terroriste. Il n’est pas fiché. Et qu’il ait utilisé une arme blanche aussi tranchante, cela veut dire qu’il pouvait être aussi un braqueur. C’est à 7h30 qu’il est devenu terroriste ».

En l’occurrence, le Général Jamel Jarboui balaie d’un revers de main toutes les thèses, toutes les typologies, toutes les spéculations théoriques sur ce que puissent être les schémas de pensée des terroristes et leur mode opératoire qui est loin d’être uniforme à ses yeux. Parce qu’effectivement, les spécialistes des questions terroristes se lancent dans des analyses un peu trop abstraites. On l’a vu d’ailleurs interrompre à maintes reprises le Colonel-Major Mokhtar Ben Nasr, président du Centre tunisien des études de la sécurité globale, parce qu’il théorisait (c’était au plateau de Mériem Belkadhi), alors que la question fondamentale, à ses yeux, aux yeux de tous ses pairs des syndicats des forces sécuritaires, tient essentiellement à la manière dont les politiques et, essentiellement, les députés renvoient sans cesse aux calendes grecques l’examen de la loi sur la protection des sécuritaires. Et ce qui a encore plus attisé les tensions au sein des syndicats, c’est le flegme malvenu de Mohamed Ennaceur, déclarant vaguement que « la reprise de l’examen de cette loi aurait lieu la semaine prochaine » …Du coup, les syndicats publiaient un communiqué, le soir même, mettant en demeure l’ARP de voter cette loi d’ici le 15 novembre, menaçant de « procéder autrement » au cas contraire.

Le côté tristement surréaliste dans cet imbroglio c’est que beaucoup de députés bénéficient, comme signalé plus haut, d’une protection personnelle et rapprochée. Comment peuvent-ils être aussi insensible aux doléances de ceux qui les protègent… ?

Car finalement, ces revendications sont simples :la prise en charge par l’Etat des soins des sécuritaires blessés ; la non suspension de leurs salaires quand ils sont dans l’incapacité d’exercer leurs fonctions ; un minimum de diligence de la part de la CNAM dans les prises en charge médicales et hospitalières ; une prime de risque ; la systématisation, ou plutôt, la fluidité, de l’allocation familiale en ce qui concerne les sécuritaires tombés au champs d’honneur : est-ce trop demander ?

Entre temps, l’agent de la circulation est mort. On lui fera les honneurs solennels des martyrs…Après, comme tous les autres martyrs, il tombera dans les oubliettes. Et sa famille n’aura que ses yeux pour le pleurer…

Raouf Khalsi


Météo
Tunis