« La Tunisie, ce vivier du terrorisme mondial », selon Le Figaro… On oublie que la France et l’Occident ont fait le lit de l’intégrisme ! - highlights.com.tn
Publié le: 24 décembre 2016 à 15h50

« La Tunisie, ce vivier du terrorisme mondial », selon Le Figaro… On oublie que la France et l’Occident ont fait le lit de l’intégrisme !

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Hier, la Chancelière allemande Angela Merkel joignait Béji Caid Essebsi pour le sensibiliser quant à la nécessité d’une forte coordination entre les deux  pays dans le volet renseignements sur les émigrés tunisiens en Allemagne et, particulièrement, sur les sans-papiers qui pourraient avoir des implications dans le terrorisme.

Par ricochet, la Chancelière devrait plutôt déplorer qu’Anis Amri était bien fiché chez les services allemands, mais qu’il ait été laissé libre de ses mouvements. Or il se trouve que les autorités allemandes ont interpellé une première fois nos services (des temps où notre superman Abdrrahmane Belhaj Ali concentrait tous les pouvoirs au ministère de l’intérieur) et que ceux-ci n’en ont pas trouvé de traçabilité. C’est après, dans une nouvelle correspondance, qu’Anis  Amri surgissait comme par miracle sur nos tablettes.

La suite on la connait. Anis Amri prend le train à Paris, se rend en Italie et ouvre le feu sur des policiers qui l’interpellaient pour une simple vérification de papiers.

On sait qu’Angela Merkel est accusée de toutes parts, en Europe et en Allemagne précisément, pour avoir pris une « historique » décision humanitaire, accueillant près d’un million de réfugiés fuyant l’enfer syrien. La France n’est pas en reste elle aussi. Pour sa part, l’Italie a fait tout ce qu’elle pouvait pour endiguer les flots des désespérés de Lampedusa.

Sauf que les pesanteurs en Europe sont en train de changer, à la faveur de la montée des populismes et des partis d’extrême droite. C’est toute la politique de l’émigration qui sera durcie. Et en ce qui concerne la Tunisie, tous ses émigrés sans-papiers seront systématiquement fichés comme  potentiels terroristes. La question est là finalement : n’est-ce pas l’Europe qui a d’abord fait le lit de l’intégrisme lors des années 90 ? N’est-ce pas elle aussi, avec la bénédiction de l’Amérique, qui a glorifié l’Islam politique qui, quoique l’on en dise, secrète le terrorisme ? Et cela au nom de quoi ? La chute des dictatures arabes, pourtant garde-fous contre les dérives obscurantistes.

Quelque part, la déclaration de Béji Caid Essebsi à l’AFP début décembre a été interprétée par les Occidentaux comme une méprise. Le Président disait ceci : « La Tunisie n’est pas moins sûre que la France et la Belgique ». Le plus surprenant dans cela c’est que de sérieux analystes de chez nous se soient relayés sur les plateaux accusant le Président de faire preuve en l’occurrence de cynisme. Et quand il dit que les prisons tunisiennes n’ont pas la capacité d’héberger les terroristes de retour en Tunisie, c’est encore le tollé. On aura vite fait de penser qu’on les laissera voguer dans la nature.

Il se trouve néanmoins qu’on recense  à près de 3000 terroristes tunisiens ayant vendu leur âme à Abou Baker Al Baghdadi. Et leur redéploiement vers la Libye ne sera qu’un prélude à leur retour en Tunisie. Il y a en effet à craindre, pour ceux qui échapperont aux mailles sécuritaires, qu’ils n’aillent s’infiltrer dans les cellules dormantes, ces 4000 associations suspectes, œuvre de la Troïka et avec leurs relais, c’est-à-dire cette centaine de mosquées qui échappent à tout contrôle et où l’on rivalise de hardiesse takfiriste.

N’oublions pas non plus le chiffre avancé par le très respectable Férid El Béji, un chiffre qui donne froid dans le dos parce qu’il fait état de 15 mille terroristes autochtones opérant au sein des cellules dormantes. A supposer même qu’ils soient tous appréhendés (15 mille) et qu’on y rajoute les revenants (3000), comment les caser dans les prisons tunisiennes ? Dilemme. Il faudra à coup sûr aménager une réplique de Guantanamo, car nos prisons ne sont pas immunisées contre la capacité qu’ont les terroristes et autres Salafistes à embrigader les âmes faibles et les détenus de droit commun.

Malgré toutes les techniques de verrouillage des prisons des temps de Ben Ali, on a découvert, après coup, et après la révolution que la moitié des détenus de droit commun ont subi leur métamorphose islamiste derrière les barreaux. Et, avec la Troïka les « militants » nahdhaouis se sont vus récompenser par des postes de premier ordre dans l’administration et au sein de l’intérieur !

Maintenant il nous faudra bien réfléchir quant au changement de perception qui se meut en Europe et au sein de nos partenaires traditionnels, la France, l’Italie et l’Allemagne. Dans ces pays sévit une sérieuse menace populiste qu’incarne Marine Lepen. Et puisque des Tunisiens ont perpétré les horreurs de Nice et de Berlin, le concept d’islamophobie passe désormais de mode.

A lire l’article en page 3 du Figaro et intitulé : « Tunisie :  ce vivier du terrorisme mondial » quelque chose de dangereux est en train de se mettre en place dans l’imaginaire européen et là où vivent des Tunisiens, fussent-ils au dessus de tout soupçon : c’est ce qu’il convient peut-être d’appeler « La tunisiephobie ». Or Le Figaro serait inspiré de remonter jusqu’à une série de reportages publiés par le journal Libération sur « le jihad des convertis » lors des années 90 et 2000. Les Jihadistes qui avaient rejoint les talibans et Al Qaida sont aussi français, américains, australiens, allemands, belges…

Si, en définitive, le terrorisme n’a pas de religion, ni de pays, nos amis occidentaux ne dérogeraient-ils pas à l’éthique à en affubler la seule Tunisie ? Quant à nous autres Tunisiens, n’oublions jamais que Le Printemps arabe est né en Tunisie et que c’est chez nous qu’il refusera de mourir. Nos respectables religieux devraient toujours en tenir compte. Car les fanatiques sanguinaires sont irrécupérables. Et il n’y a rien dans leur démence meurtrière qui puisse «  rappeler sa jeunesse » à Cheikh Rached.

Roauf Khalsi


Météo
Tunis