Le déluge qui s’annonce: Messieurs de la Troïka, admirez votre œuvre ! - highlights.com.tn
Publié le: 4 janvier 2017 à 15h42

Le déluge qui s’annonce: Messieurs de la Troïka, admirez votre œuvre !

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troikarachedghannouchi

Si la Tunisie paraît aujourd’hui prise de court par la déferlante, imminente, malheureusement inexorable que représentera le retour des terroristes, c’est qu’elle n’a pas vu venir la redistribution de la géostratégie, particulièrement au sein du Moyen Orient. La Troïka, avec la bénédiction de Rached Ghannouchi et par la voix tonitruante de Moncef Marzouki, un homme qui a pris sur lui les théories trotskistes de la « révolution permanente », avait vite fait d’éliminer Bachar Al Assad.

Tandis que nous facilitions le départ des « Djihadistes » vers la Syrie, avec la complicité de la Turquie et le Qatar, on ne s’est pas vraiment posé la question de savoir pourquoi le président syrien, et non moins dictateur, tenait toujours en place, luttant sur deux fronts: contre l’opposition et contre Daech.

Marzouki et Ennahdha versaient même dans une espèce de triomphalisme jaculatoire en décrétant la rupture des relations avec la Syrie, avec, à la clé, le renvoi de son ambassadeur.

Parallélisme des formes oblige, la Tunisie suspendait sa représentation diplomatique à Damas et c’est ainsi que nos ressortissants se sont retrouvés seuls et sans pays d’origine à qui se référer. Mais en parallèle les terroristes qu’y a envoyés la Tunisie de la Troïka pouvaient perpétrer les pires barbaries. Et ils en auront fait de même en Tunisie (le Bardo, l’hôtel de Sousse et l’attaque contre les membres de la sécurité présidentielle). Ils ont même tenté la prise de Ben Guerdane…

Maintenant, dans ces feux croisés de polémiques et de controverses quant au retour des terroristes, on pourra rétrospectivement se demander pourquoi les actes terroristes dans notre pays ont presque tous été perpétrés après le départ de la Troïka. Nous ne les en accusons pas. Mais la question se pose d’elle-même. Il faut dire qu’à cette époque, nous devions plutôt en découdre avec les assassinats politiques et avec  la chevrotine.

La décence dicte néanmoins que ceux qui, de près ou de loin, ont favorisé le départ de ces sanguinaires en Syrie et en Irak, se taisent au moins. On aura d’ailleurs vu que, bousculé par Me Ben Hlima, Mohamed Frikha, patron de Syphax s’est mis dans la défensive niant toute implication de ses charters dans le transport des « Jihadistes » vers l’aéroport turque de Sabiha.

Il parle de complot ourdi contre lui du fait qu’il appartient à Ennahdha et en accuse même Kamel Letaief lequel, pourtant, ne le connait ni d’Eve ni d’Adam. En tous les cas, nous avons là l’une des facettes de la manière dont le débat autour des terroristes est en train de perdre de sa substance. De quelque côté que nous nous placions, l’impression est qu’on est en train de défoncer des portes ouvertes.

Réfléchissons un moment. La visite éclair de Béji Caid Essebsi en Algérie ne tenait-elle pas à la nécessité de coordonner l’action sécuritaire entre les deux pays pour faire face au déluge qui s’annonce ? Sécurisation des frontières, échange d’informations et, surtout, une stratégie concertée pour gérer sans casse le bourbier libyen. Car si l’Algérie sombre de nouveau, malheur à nous. Et elle nous en tiendra pour responsables. Puis, il y a eu l’entretien avec Angela Merkel: le criminel de Noel était bel et bien tunisien. Et il y a bien eu cafouillage au niveau des services de renseignements.

On ne s’explique pas néanmoins que des critiques fusent contre ce qu’a déclaré Hédi Majdoub à propos du découpage « géographique » des terroristes tunisiens disséminés à travers la Syrie, l’Irak, la Libye et des pays occidentaux.

En tout, selon le ministre de l’Intérieur, ils seraient au nombre de 2929 fichés et identifiés. La moitié en Syrie ; 500 en Libye ; 150 en Irak et 400 dispersés à travers l’Europe. Il en existe ceux qui ont stigmatisé le chiffre : pourquoi 2929 et pourquoi pas 2930 ? Hyperbole qui ne veut rien dire ! Mais par ricochet, cela montre que les renseignements circulent quoique le ministre ait franchement affirmé que les puissances étrangères et, surtout, la Turquie ne nous en fournissent qu’au compte-gouttes. Soit. Mais les services de renseignements étrangers ont-ils confiance en les nôtres, et surtout depuis le traitement fait par la police parallèle du document américain quant au danger que courait Mohamed Brahmi ? Hédi Majdoub est plus que jamais confronté aujourd’hui au nécessaire nettoyage au sein de ses services.

Car il se trouve que la donne a littéralement changé. Nous parlions de redistribution des pesanteurs géostratégiques au Moyen Orient et au Golfe. Mais cette refonte implique aussi la Turquie. Poutine est passé par là en effet et Bachar Al Assad ne tombera pas. Maintenant, c’est un nouvel axe qui se forme entre la Syrie, la Turquie (qui voit son monstre Daech se retourner contre elle) et la Russie de Poutine qui a quand même réussi à faire élire Donald Trump. Le principe c’est de nettoyer la Syrie de tous les Jihadistes. Et bien sûr les Tunisiens d’entre eux. Ils sont malheureusement majoritaires. On s’étonne dès lors de ce que des analystes crient haut et fort qu’il faille les renvoyer à l’expéditeur.

D’autres préconisent la déchéance de la nationalité. Loufoqueries que tout cela. On ne sait même pas combien, quand et comment ils reviendront en Tunisie. Le fait est que nous devons nous y préparer. Un Guantanamo tunisien ? C’est maintenant une nécessité quoique nous eussions préféré plutôt construire trois ou quatre écoles. Plus que jamais l’ouvrage de Michel Foucault, l’un des plus grands philosophes du XX ème siècle Surveiller et punir, et qui a longuement résidé en Tunisie, devient d’actualité. Son livre est une étude sur les structures des micro-pouvoirs avec un regard approfondi sur les prisons et les écoles.

Non avec ces barbares, il n’y a pas d’humanisme qui tienne. Les mêler aux détenus de droit commun est tout simplement dangereux. Déjà, la population carcérale se chiffre à 23 mille détenus. N’oublions pas non plus les cellules dormantes : 15 mille terroristes tapis dans l’ombre des associations-écrans. On ne pourra pas les débusquer avec les frêles structures actuelles d’un ministère de l’Intérieur en proie à des tiraillements partisans. Et cela nous le devons autant à la Troïka qu’à l’ex-directeur de la sûreté nationale.

Raouf Khalsi


Météo
Tunis