Le froid et la pauvreté extrême … Le bon peuple vivra d’amour et d’eau fraiche - highlights.com.tn
Publié le: 20 janvier 2017 à 12h02

Le froid et la pauvreté extrême …
Le bon peuple vivra d’amour et d’eau fraiche

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peuple tunisien

En marge des célébrations des 70 ans de l’UTICA, Hédi Jilani, ancien président de l’organisation patronale, a eu un coup de gueule qui n’est pas dans ses habitudes, ni d’ailleurs dans son tempérament. Au micro d’une radio de la place, il a exprimé son dépit, et pas uniquement le sien, face aux lenteurs que prend la justice transitionnelle et, surtout, face à l’acharnement dont font l’objet les hommes d’affaires. En d’autres termes, la diabolisation en cette ère de règlements de comptes au nom de la révolution et, en filigrane, un dangereux populisme dont se servent aisément certains politiques.

Hédi Jilani sortait en l’occurrence de ses gonds parce qu’il juge que la démocratie transitionnelle s’éternise affirmant du reste que Ben Ali et son régime sont partis depuis six ans et qu’il convienne aujourd’hui de refermer les dossiers et de penser, et vite, à l’avenir du pays, à la grave crise économique et à la jeunesse qu’on a instrumentalisée et que les vautours et les inévitables tribuns et autres récupérateurs ont exclue des dividendes de la révolution. «Pourquoi ne fait-on pas comme l’Afrique du Sud ?», se demande-t-il. Pour notre part, nous pouvons invoquer d’autres exemples, pas loin de chez nous, comme celui du Maroc où Mohamed VI a réglé le processus en presque deux mois, restituant leur dignité, tant sur le plan social que politique et économique à ceux que la machine de Hassan II avait broyés.

Il se trouve malheureusement que la Tunisie est en train de prendre un mauvais pli au rapport de la démocratie transitionnelle. A chacun sa perception propre de la démocratie en effet. Et il se trouve que des intérêts souterrains, inavoués et autrement plus décapants sont en train de gangrener une démocratie dont on craint qu’elle ne se révèle être finalement un leurre, sinon un mensonge. A quelques variantes près, nous avons même l’impression que rien n’a changé en définitive : l’indice de la corruption par exemple a grimpé par rapport aux « scores » de l’ancien régime ; l’administration est de plus en plus lourde ; les clivages régionaux se creusent et surtout entre Nord et Sud, là où l’hérétique Moncef Marzouki prépare sa rampe de (re) lancement.

On l’a vu d’ailleurs avec la visite de Béji Caïd Essebsi : beaucoup de spéculations médiatiques qui déformaient la réalité alors qu’il y allait avec à la clé pas moins de 30 projets pour la région. Et, puis, ce flot de réminiscences fantasmées qu’inspire encore Moncef Marzouki, grand vendeur de chimères devant l’eternel. Ammar Amroussia a même vu des avions survoler Gafsa. Belle tour de contrôle !

A Davos, Youssef Chahed explique que la Tunisie reste la plaque tournante incontournable dans la rive sud de la Méditerranée. Elle ne sera en effet jamais ce Cheval de Troie dont on veut nous affubler : c’est-à-dire une machine à exporter les terroristes. On nous a décidément un peu trop accablés sur ce chapitre précis. Et d’ailleurs Olivier Poivre D’Arvor, ambassadeur de France en Tunisie a eu une réflexion au plateau de Meriem Belkadhi, particulièrement pertinente et qui devrait être pareillement partagée par nos partenaires occidentaux. Anis Amri est certes tunisien. Mais c’est en Europe, lui comme le criminel de Nice, qu’il a été embrigadé. L’Europe, la Turquie ne sont pas en effet plus sécurisées que la Tunisie face au terrorisme. Cela, le forum de Davos l’a bien enregistré et il a tout aussi pris note que, malgré les insuffisances logistiques, nos dispositifs sécuritaires sont désormais bien rompus aux manœuvres préventives.

L’ennui, aujourd’hui, c’est que les Tunisiens ne croient plus en rien. Ils subissent certes les contrariétés causées par les problèmes existentiels de tous les jours, voyant du reste l’Etat festoyer côté jardin et agoniser côté cour. Beaucoup de promesses d’investissements faites en effet lors du grand forum sur l’investissement. Beaucoup de promesses de reconversion d’une partie non négligeable de la dette extérieure du pays. Mais les investisseurs posent d’abord des préalables : les garanties de sécurité et la stratégie quant aux mécanismes techniques et juridictionnels pour «accueillir» les Djihadistes.

Cela aussi est en lien étroit avec le climat des affaires. Sauf que rien de bon ne se fera tant que nos politiques ne se résoudront pas à transcender ces guéguerres, faussement doctrinales d’ailleurs, et ne font que rajouter de l’huile sur le feu. Avec les migrations bizarres et propres à nous et à notre « système démocratique », les députés élus pour les représenter au sein d’un parti précis, migrent allègrement d’une coalition à une autre. On ne sait plus qui représente qui, par la faute aussi des Nidaistes de «la première heure».

Mohsen Marzouk, l’homme qui se prenait pour le dauphin politique de BCE, cherche chaussure à sa pointure. Et, maintenant, il clame  sur tous les toits que le gouvernement Chahed a failli et qu’il faille former un escadron de ce qu’il a baptisé « le front de sauvetage ». Ce qui serait peut-être positif dans cette affaire c’est que ce front est dressé d’ores et déjà pour contrecarrer Ennahdha. Sur un autre front, les groupements panarabes et la formation d’extrême gauche de Hamma Hammami retournent carrément casaque et s’apprêtent à aller prêter allégeance à Bachar Al Assad. Les Abbou, le couple terrible de la scène nationale sont, eux, à l’affût du moindre mouvement des lèvres du président. Un marquage à la culotte en somme, comme au football.

Et notre Cheikh suprême ? Lui aussi, de son côté, file du mauvais coton au sein d’Ennahdha. Les néo-faucons (en lesquels il ne reconnaitra pas sa jeunesse comme il l’avait perçue en Salafistes), remettent de plus en plus en question son leadership tout autant que sa légitimité historique. Il reste quand même assez puissant encore pour éviter (par une mince mais décisive petite voix) une commission d’enquête quant aux présomptions de corruption de Sihem Ben Sedrine. Corrompue Madame la justicière ? Allons quel blasphème ! S’il le faut, Moncef Marzouki marchera sur Tunis avec tous ses thuriféraires du Sud….

Entre temps, le dernier rapport de la Banque Mondiale nous interpelle quant au seuil de pauvreté qui s’accentue. Le nivellement social est en train de se mouvoir par le bas. Le froid et la famine : c’est désormais un spectre visible. Les grands politiques devant l’eternel proposent au bon peuple de vivre d’amour et d’eau fraiche. Et encore, il faut qu’il trouvent de l’eau.

Raouf Khalsi


Météo
Tunis