Publié le: 23 juin 2017 à 18h34

Le « Tahar », le syndicaliste, la Nuit du destin et les gosses charcutés…

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Dans la vieille tradition tunisienne, le « Tahar » est celui qui pratique les circoncisions. Il est aussi coiffeur, dentiste à ses heures, habile à extraire de force les dents pourries et en même temps grand dompteur, à l’aide de ses emblématiques ventouses, de la tension artérielle ! Donc pas d’anesthésie, pas d’espace médicalisé et le tout se fait avec « la bénédiction de Dieu ».

Une vieille croyance, qui n’a aucun référentiel religieux, fait miroiter le paradis éternel à ceux qui financent et organisent la circoncision de garçons à la Nuit du destin. Plus le nombre est élevé et plus les bonus supplantent les malus. Oui, mais ça c’est la croyance diffuse…Et elle appartient à un autre âge, même si elle est revenue en force avec la profusion après « la révolution » des associations caritatives, toutes se proclamant de préceptes coraniques encore à démonter. C’est donc un rituel. Un rituel auquel consentaient Bourguiba lui-même et, après lui, Ben Ali, dans les contours de « La solidarité d’Etat », mais cela se pratiquait rigoureusement dans les espaces idoines et dans les conditions spécifiques et inhérentes à la chirurgie.

Or, ce qui s’est passé dans le fleuron des établissements hospitaliers tunisiens confond l’entendement. Et cela accentue encore davantage l’asservissement du CHU Habib Bourguiba de Sfax au passe-droit pratiqué au quotidien par une cohorte sauvage de syndicalistes (comme dans les westerns), ameutée par le chef du syndicat de base de l’hôpital le tristement célèbre Adel Zouaghi qui se trouve pourtant être sous le coup d’un mandat d’amener  lancé par le ministère public.

Deux cent gosses ont en effet subi des circoncisions à La nuit du destin au sein de l’hôpital, mais dans le bureau du syndicat, c’est-à-dire en dehors des espaces chirurgicaux, sans anesthésie et sans surveillance médicale. Plus troublant encore et plus grave certainement, la participation de chirurgiens et d’infirmiers et d’infirmières exerçant au sein de l’hôpital même. La circoncision traditionnelle et le funeste « Tahar » reconquièrent en l’occurrence leur lettres noblesse.

Pour autant l’on s’attendait à une réaction rigoureuse, chirurgicale de la part du ministère de la Santé Publique. Publique, ne l’oublions pas. Madame Samira Merai, qui a tendance à se dissocier du Serment d’Hippocrate (on se rappelle la fois où elle s’est rendue aux urgences après un carnage terroriste affirmant qu’elle était là en tant que ministre et non en tant que médecin), s’est contenté d’un communiqué laconique où on lit que les personnes impliquées dans cette opération seront poursuivies administrativement et juridiquement (donc pas pénalement !). Ledit communiqué réitère aussi un lieu commun à savoir que « les circoncisions doivent être faites sous la surveillance d’une équipe médicale spécialisée en chirurgie, étant considérées comme un acte médical nécessitant des conditions spécifiques ».

Enfin, sublime magnanimité, le ministère annonce que les gosses circoncis seront soumis à des examens médicaux. A l’heure où nous publions ces lignes aucune famille n’a ramené sa progéniture pour contrôle. Le but c’était les circoncisions, pas le suivi. Adel Zouaghi a réussi son coup : narguer et banaliser l’institution hospitalière elle-même, et surtout la clochardiser avec la bénédiction ou du moins face au silence de Nourdine Taboubi qui jure pourtant par tous ses saints, Hached et Achour, être en parfaite symbiose avec la politique gouvernementale.

Comme d’habitude, on s’attaque aux conséquences du problème et pas aux causes. Le ministère annonce encore qu’il mettra en place des mécanismes, moyennant des tarifs bas et des formalités spécifiques pour uniformiser les opérations de circoncision à la portée de tous et dans les établissements hospitaliers étatiques. De la poudre aux yeux, parce qu’il devient de plus en plus difficile d’accéder aux soins publics et même et surtout dans les pathologies lourdes. A plus fortes raison les circoncisions.

En tous les cas ce que le ministère compte faire, Adel Zouaghi l’a fait avant lui. Il lui a pour ainsi dire brulé la politesse.  Du reste peut-on lui tenir rigueur d’avoir exhumé le vieux rite du « Tahar » et, divine providence, à La Nuit du destin.  Et dès lors que celui de la Santé Publique n’est toujours pas tracé…

Raouf Khalsi


Météo
Tunis