Le terroriste repenti chez Samir Elwafi: Tollé épidermique ou l’art de se voiler la face… - highlights.com.tn
Publié le: 6 décembre 2016 à 16h42

Le terroriste repenti chez Samir Elwafi: Tollé épidermique ou l’art de se voiler la face…

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On dit et l’on prétend que la liberté d’expression représente le plus grand acquis de la « révolution tunisienne ». Soit. Quelque part en effet, les langues se sont décousues. A condition bien sûr de ne pas titiller l’ordre nouveau, de ne pas se poser des questions sur la justice (Lotfi Laamari) ; sur l’intérieur (Walid Zarrouk) et la liste des interdits de se rallonger au fil des convulsions secouant le pays, au point que l’on se demande si l’épée de Damoclès de Ben Ali n’est de nouveau suspendue sur la tête de ceux qui osent contrevenir au politiquement correct. C’est-à-dire de nouvelles lignes rouges d’une ambivalence confondante ; lignes tracées par les intérêts partisans et tissées par la loi des lobbys.

On ne comprend pas cependant que l’émission très suivie et tout aussi controversée « Liman yajro fakat », savamment dirigée par Samir Elwafi, fasse toujours grincer les dents tout simplement parce qu’elle sort des sentiers battus, qu’elle lève le voile sur des zones d’ombre et qu’elle se fasse l’écho d’un imaginaire et d’une conscience collectifs toujours aussi taraudés par la recherche de la vérité. On ne comprend pas, non plus, qu’une querelle avec un ancien compagnon d’armes l’affuble du masque nahdhaoui. Pour qui roule-t-il en fait ?, ce n’est toujours là qu’une question subsidiaire, mais exagérément gonflée depuis que Rached Ghannouchi fut présent à ses noces. En tout les cas, l’émission ne saurait être perçue autrement que sous l’angle professionnel et déontologique.

Etait-ce donc déontologiquement correct d’inviter Tarek Maaroufi à s’exprimer sur ses « égarements djihadistes » (et quels égarements !) et, surtout, sur sa repentance ? Celle-ci est-elle sincère dans un contexte où la menace terroriste est bien réelle et que ses cellules dormantes continuent d’embrigader les jeunes, « métier » dans lequel excellait Maaroufi ?

Les réactions passionnelles provoquées par le plateau passent de l’indignation, à la dénonciation, jusqu’à couper la toute « vénérable » Haica (au fait pour qui roule-t-elle, elle à son tour ?), en deux positions divergentes. Ceux qui trouvent normal que l’ex-djihadiste, désormais lavé de tous ses méfaits grâce à l’amnistie générale du plus grand révolutionnaire de l’histoire de la Tunisie, Foued Mbazaa, puisse s’exprimer en homme libre et qui a quelque chose d’utile à raconter aux Tunisiens. Et, en face, ceux qui transposent une bonne tranche de la Vox-populi et qui s’indignent de ce qu’un homme qui a du sang sur les mains vienne exprimer, avec beaucoup d’aisance, sa reconversion à la poésie et à l’amour de la Tunisie. Sur ce plan Ouled Ahmed aura de bonnes raisons de se retourner dans sa tombe. Du coup, on a brandi l’argument massue tenant au « blanchiment du terrorisme ». Là, croyons-nous, on a été très vite en besogne. Et de surcroit, on n’a pas analysé à sa juste mesure le flot d’informations par ce djihadiste repenti (ou tout bonnement à la retraite). A savoir que ceux qui rejoignent les rangs terroristes sont des jeunes cultivés. Il ne faut pas oublier non plus qu’il se base là sur les procédés d’Al Qaida, où il a été l’un des plus stricts lieutenant de Ben Laden et le principal stratège de l’assassinat du général Massoud. Il s’est donc étalé sur les procédés de recrutement des djihadistes, se trahissant lui-même quand il s’est subrepticement « attendri » sur le formatage par ses soins d’Abou Yadh. Or, Abou Yadh est toujours tout aussi actif et il a même bénéficié d’une protection occulte pour le faire évacuer en secret de la mosquée Al Fath.

Maintenant, il se pose une question, ou plutôt deux.

Primo : doit-on donner à ce repenti le bon Dieu sans confession et croire qu’il n’a plus d’ADN terroriste dans les cellules ?

Secundo : comme pour les mafieux italiens repentis, nos services de renseignements ne seraient-ils pas inspirés de profiter de ses connaissances en la matière ?

Pour répondre à la première, l’histoire nous apprend que la repentance est souvent un leurre et un fond de commerce. Il ne faut d’ailleurs pas trop s’y fier. Et d’ailleurs, l’accueil triomphal que lui a  réservé Hizb Ettahrir à son retour doit toujours donner à réfléchir, du fait que personne n’a pu jusque là déclarer illégale et terroriste une mouvance dont le leader, le sinistre Ridha Belhaj, ne cesse de rappeler que seule la Charia est à même de guider le pays et non la constitution.

Pour la seconde, selon certaines indiscrétions, il ne serait plus d’aucune utilité parce qu’il connait Al Qaida et l’Afghanistan et non Daech et la Syrie et l’Irak.

Il n’empêche, l’émission de Samir Elwafi soulève quand même une problématique pour le moins brulante : maintenant que l’étau autour de Daech se resserre en Irak et en Syrie, la Tunisie doit prévoir un retour massif des djihadistes dont le nombre s’élève à 6000. Il ya bien eu 700 qui sont rentrés et l’Etat n’a pas su quoi en faire. En prison, ils sont dangereux pour leur capacité à endoctriner les détenus de droit commun. En société, le pays ne dispose pas encore de structures d’intégration, d’autant plus que près de  2900 associations douteuses, des sociétés-écrans en fait, échappent à tout contrôle.

L’émission, au-delà du côté folkloriste de Maaroufi, aura eu, au moins, le mérite de nous donner à réfléchir, autant sur la sincérité pas toujours évidente de la repentance que sur les procédés menant au lavage des cerveaux.

Raouf Khalsi


Météo
Tunis