Publié le: 27 juillet 2017 à 16h59

Marzouki : « Le comique et le tragique »

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marzouki allongé

Les Tunisiens, toutes tendances confondues, n’aiment pas la chaîne Al Jazeera, une chaîne programmée pour fustiger les régimes arabes, quelles que soient leurs connotations et leur modèle, pour mieux masquer les avatars d’un Etat-voyou (le Qatar). Les décideurs savent qui inviter pour être « Témoin de l’époque », un programme cultivant le révisionnisme historique (même le mythique Hassanein Heikel s’y est compromis), sur fond de transfiguration des faits, de diabolisation, de pamphlets et d’insultes aux diverses sensibilités populaires. Qui de mieux en Tunisie que notre cher ancien Président provisoire pour manger à leur « pain béni ».

On le sait : Moncef Marzouki n’a pas encore digéré sa défaite à la présidentielle. Il développe, depuis, une grave paranoïa. Et il en veut à tout le monde. A commencer par Rached Ghannouchi dont il dit qu’il l’a trahi. Jusqu’à, bien sûr, Béji Caid Essebsi à l’origine du sit-in du Bardo qui mit la Troïka en pièces. On connait les accointances « idéologiques » de Marzouki avec le Qatar, quoique le mot « idéologique » soit disproportionné, tant en ce qui concerne l’un que l’autre. Le Qatar est en effet un régime « imaginaire », bâti sur l’illusion de rayonnement, sur le clientélisme et sur la puissance de l’argent. Marzouki est, lui, façonné dans sa psychologie de sorte que la bulle dans laquelle il vit représente un monde carnavalesque (parce qu’il cultive le burlesque) et dionysiaque parce qu’il est dans l’excès de l’illusion. Les deux partenaires ne s’en rejoignent pas moins dans les sophismes des vérités.

Ainsi donc, Al Jazeera et Marzouki ont pernicieusement choisi la date du 24 juillet, soit la veille de la célébration de la Fête de la République, pour revenir sur un haut fait dans l’éventail des gâchis post-révolution, et plus précisément sur l’attaque de l’Ambassade américaine un certain 14 septembre 2012. Marzouki tire en l’occurrence à boulets rouges sur les forces sécuritaires, à l’époque où Ali Larayedh était ministre de l’Intérieur, ainsi que sur Abdelkrim Zebidi, alors ministre de la Défense et sur le Général Rachid Ammar, Chef d’Etat-major. Selon ses propos, les forces sécuritaires ne se sont pas déployées à temps pour protéger l’ambassade contre la furie des insurgés.

Ali Larayedh riposta alors sur Mosaïque fm, le 26, se retenant de le traiter ouvertement de menteur et affirmant que les forces sécuritaires étaient bien sur place, qu’une cellule dont il faisait partie visionnait en direct les caméras à la seconde près. L’indignation était par ailleurs totale du côté du Syndicat des fonctionnaires de la direction générale des forces d’intervention qui posta, sur sa page officielle, une vidéo relatant minutieusement le déroulement des opérations, tout en louant l’appui de la garde présidentielle. Cela, au moins, Marzouki l’a consenti et il ne pouvait faire autrement…

Là où le foisonnement de mensonges atteint des proportions ridicules, c’est lorsqu’il accuse un homme probe, un patriote et un légaliste tel Abdekrim Zebidi, alors ministre de la Défense d’avoir permis le débarquement en Tunisie de « Marines américains », alors qu’il est prouvé que c’est Imed Daimi, directeur de cabinet de Marzouki qui l’en informait arguant que cela faisait suite à une demande d’Hillary Clinton. Marzouki étale pour l’occasion tout son courroux sur Rachid Ammar, alors que toute l’opération de défense de l’ambassade et de l’école américaine s’est également déployée avec le concours des militaires. Et pour mieux démentir les allégations de Marzouki, Touhami Abdouli, ex- secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, affirme être resté au téléphone avec l’ambassadeur américain Jacob Walles durant tout le temps qu’auront duré les opérations. Après, on sait ce qui s’est produit : démission d’Abdelkrim Zebidi, suivie de  celle de Rachid Ammar. Il reste que si des « marines » déguisés ont débarqué en Tunisie, en toute inviolabilité de la souveraineté nationale, eh bien on le doit précisément à notre cher ex provisoire.

Hérétique, Moncef Marzouki ? Pas tant que ça. Il sait calculer ses coups, sait se mettre en scène et n’a guère cette élévation morale et « patriote » dont il nous  roulait à la farine et ce « statut de droits de l’hommiste », alors que ses chroniques dithyrambiques sur Ben Ali sur les colonnes d’Assabah sont encore dans les archives. L’homme que le Prince qatari s’est proposé de lui apprendre à se vêtir, qui n’est encore accueilli en visite officielle que par un obscur ministre de l’agriculture d’un pays africain, cet homme-là en somme résume parfaitement la synthèse en cinq mots de Marx : « le tragique et le comique ». Maintenant, s’il s’est choisi « l’Eloge de la folie » comme technique de communication, pourvu de survivre dans l’imaginaire collectif et se tailler une place dans le panthéon de l’Histoire, là il est mal barré.

Raouf Khalsi


Météo
Tunis