JCC2017


Publié le: 15 septembre 2017 à 12h33

Mococos : « hmm », le mystère de leur langage enfin déchiffré !

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mococos

Les lémuriens mâles relégués en bas de l’échelle sociale usent et abusent de leur bagou pour s’attirer les bonnes grâces de groupes sociaux dominés par des femelles.

Selon une étude publiée récemment dans la revue Ethology, les mococos (ou makis) mâles laissés-pour-compte ont recours à deux bruits : un gémissement afin de ne pas perdre de vue leur groupe et une sorte de « hmm » qui vise à manifester leur bienveillance à l’égard des rares autres mococos qui voudront bien les tolérer.

Les mococos, qui vivent presque uniquement sur l’île africaine de Madagascar, ont un répertoire de près d’une vingtaine de vocalisations. Selon les chercheurs, il s’agit cependant de la première étude qui tente de déchiffrer le « hmm » qu’ils émettent à l’état sauvage.

D’après Laura Bolt, primatologue à l’université de Toronto et auteure principale de l’article, les résultats de l’étude indiquent que les mococos font preuve d’une sociabilité beaucoup plus nuancée que ne le pensaient de nombreux chercheurs.

« Ils émettent un gémissement afin de rester en contact avec leur groupe de façon générale, tandis que le « hmm » leur permet de communiquer avec des individus privilégiés au sein du groupe », explique-t-elle.

Les mococos vivent au sein de groupes sociaux matriarcaux composés de cinq à 27 animaux. Parmi leurs nombreuses vocalisations, les adultes de ces groupes emploient des sons différents pour s’avertir de la présence de prédateurs volants, tels que le gymnogène de Madagascar, ou de prédateurs au sol tels que le fossa (un mammifère de Madagascar aux allures de félin).

Les femelles s’accouplent avec plusieurs mâles d’un même groupe au cours d’une journée et « échelonnent » leur réceptivité aux mâles afin que chacun soit en chaleur à différents moments.

En dehors de ces interludes amoureuses éphémères, les mococos mâles ont une vie sociale périlleuse. Nombre d’entre eux quittent le groupe social de leurs parents à l’adolescence, avant de constater que les autres groupes ne sont pas très accueillants. Ils doivent se battre afin de gravir les échelons de la hiérarchie masculine, sans quoi ils se retrouvent relégués au bas de l’échelle sociale. Et même dans ce cas de figure, on ne les laisse pas tranquilles.

« Les femelles sont susceptibles de les frapper ou de les mordre, et pas qu’un peu », explique la primatologue.

À cause de ces agressions et de la « bataille de puanteur » qu’ils livrent parfois contre leurs rivaux mâles, ces individus finissent souvent en marge des groupes sociaux, réduisant ainsi leurs risques d’être maltraités. « Lors des déplacements du groupe, ce seront ceux qui sont à la traîne derrière. » Et ces retardataires risquent beaucoup plus d’être éliminés par leurs prédateurs.

En 2010, Laura Bolt a passé cinq mois à suivre plusieurs groupes de mococos à travers les forêts de Madagascar. Elle a suivi différents groupes de lémuriens d’un jour sur l’autre et observé plusieurs mâles d’un même groupe toutes les demi-heures, qu’ils soient immobiles ou se déplacent dans la forêt.

Elle a enregistré leurs bruits et le contexte dans lequel ils étaient émis, s’ils poussaient ces gémissements en présence de leurs compagnons de toilette, par exemple, ou de femelles tolérant leur compagnie. Si tous les mâles faisaient ces bruits, ceux appartenant aux classes sociales les plus basses avaient plus de chance d’émettre un « hmm ».

Selon la primatologue, le fait d’identifier les individus du groupe les plus tolérants à l’aide des « hmm » peut aider les mâles marginalisés à s’affranchir des risques d’être frappés par les femelles intolérantes ou attaqués par des prédateurs.

Pour Rachna Reddy, doctorante à l’université du Michigan qui a elle aussi étudié les lémuriens, l’étude menée par Laura Bolt est intéressante car elle montre l’importance de leurs relations sociales.

« Ils prennent des décisions à chaque cri qu’ils poussent », affirme la doctorante.

Cette recherche offre également un aperçu de la façon dont des parents éloignés des humains ont pu interagir ou préserver l’unité d’un groupe.

D’après Laura Bolt, apprendre le langage des lémuriens « peut nous apporter des indices sur l’impact des pressions liées à la sélection naturelle chez nos ancêtres primitifs ».

F.T. d’après National Geographic

Crédits photo : Highlights


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