Nida Tounes: Leila Chettaoui, le bouc-émissaire ; Borhene Bsaies, la propagande ; Férid El Béji pour le salut des âmes… - highlights.com.tn
Publié le: 17 mars 2017 à 17h43

Nida Tounes: Leila Chettaoui, le bouc-émissaire ; Borhene Bsaies, la propagande ; Férid El Béji pour le salut des âmes…

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Hafedh Caïd Essebsi est en train de manœuvrer pour remettre son parti sur les rails. Il le fait toujours avec la même arrogance, la même logique de l’exclusion, mais il y ajoute un brin de dextérité qu’on ne lui savait pas. Manœuvres en coulisse, détermination à étendre le champs des recrutements des cadres, sans trop se soucier du mélange des genres et, aussi, comme l’a fait le pater au moment de fonder Nida Tounes, un nouvel Arche de Noé qui embarquera tout le monde, tous les genres, la chose et son contraire…

La vérité est que Caïd Essebsi fils se ravise enfin que sa politique de nettoyage par le vide a sérieusement affaibli le parti et, quelque part aussi, profité au « Machrou » de l’un de ses ennemis, Mohsen Marzouk. Et quand on y ajoute Ridha Belhaj cela en fait trop… Mais il sait aussi que les dissidents (n’est-ce pas Mondher Belhaj Ali ?) et ceux qui recherchent un tremplin pour une florissante carrière politique sous les feux de la rampe nidaiste (n’est-ce pas Majdouline Cherni ?) accourraient sur un simple claquement des doigts.

Nida Tounes change donc de stratégie, sans vraiment changer de look, mais en changeant les têtes… Et ce sera à la tête du client. C’est la conséquence de deux années de braise ; deux années aussi de gâchis politique et d’affaiblissement des structures du parti.

Mais avant, il fallait élucider cette affaire d’enregistrements fuités tenant à l’hystérie de Hafedh Caïd Essebsi et à son animosité contre Youssef Chahed. Un premier moment, les soupçons se sont orientés vers Sabrine Goubantini, puis vers Wafa Makhlouf, pour enfin se focaliser sur Leila Chettaoui. Mais il n’y a pas de preuves établies. Kamel Hamzaoui, en charge du règlement intérieur, aura vite fait de réagir : gel de l’adhésion de Leila Chettaoui au sein du parti ; gel aussi de sa représentativité au sein du Parlement.

Bouc-émissaire ? A l’évidence Leila Chettaoui l’aura un peu cherché. Elle a été un peu trop présente dans les plateaux ; Al Hiwar Ettounsi lui a même fait les honneurs de la maison en dépeignant un subtil portrait de famille. Son tort ? La mise sur pieds de cette commission parlementaire qui enquêtera sur les circuits empruntés par les Jihadistes tunisiens pour rejoindre les rangs de Daech. Il se trouve, pour son malheur, que la direction centrale du parti n’a pas vraiment apprécié. Parce que, justement, il y a ce deal avec Ennahdha qui craint que les investigations ne remontent jusqu’à elle. C’est en effet sous le règne de la Troïka -et donc sous celui d’Ennahdha- que les imams de l’apocalypse haranguaient, à coups de prêches ciblés, les jeunes égarés tunisiens  pour émigrer vers les lieux du Jihad, passeport pour le paradis divin. «  La subversion » de Leila Chettaoui (c’est ainsi que son initiative a été interprétée), a en effet enflammé les débats au sein de la récente réunion de Majles Choura qui a conclu à une espèce de méprise. Le sort de Leila Chettaoui tenait juste à un coup de fil sur le téléphone rouge reliant Montplaisir au Lac. Les enregistrements fuités en sont l’aubaine. Et tant pis si ce n’est pas elle : il faut la réduire au silence !

L’adhésion de Borhene Besaies à Nida Tounes s’inscrit dans un autre contexte. Il est désormais chargé des affaires politiques au sein du parti. Justifiant d’un background politique de premier ordre, d’une profonde connaissance des mouvances politiques du pays, il s’est taillé une réputation de propagandiste que le régime de Ben Ali envoyait au combat sur cette chaîne sans éthique et sans déontologie qu’est Al Jazeera qui, du reste, se targue d’être le « tombeur de Ben Ali ». Borhene Besaies ne cache pas sa fidélité à l’ancien Président. Cela lui a coûté son poste à la chaîne Nesma où il glissait des messages anti-Ennahdha et « sept novembriste » ; messages et prises de positions allant à l’encontre des intérêts occultes de Nabil Karoui. Aussitôt enrôlé par Moez Ben Gharbia, il a continué sur sa lancée, tantôt réaliste, tantôt subversif (c’est la seconde nature des propagandistes, un métier à part entière). Maintenant, on ne saurait dire s’il apportera de l’eau à son vin et tempérera sa vindicte à l’endroit d’Ennahdha (compte tenu bien sûr du fameux deal) ; ou si c’est Ennahdha qui le fera vis-à-vis de lui, même si, officiellement, le vin n’est pas son breuvage préféré. Il reste que Borhene Besaies sait saisir les opportunités politiques et sait surtout monnayer ses services. Il fait figure de « mercenaire politique » et on lui prête même le mérite d’avoir fabriqué Slim Riahi et de l’avoir orienté vers ce grand réservoir électoral qu’est le Club Africain.

Assez curieuse, amusante peut-être, si ce n’est carrément exotique l’adhésion de Férid Béji, un homme de Dieu, à Nida Tounes. Férid Béji est sans doute l’un des religieux les plus modérés en cette époque d’outrances obscurantistes. Il tient du reste toujours un discours modéré et dénonce systématiquement et résolument les circuits conduisant les jeunes tunisiens aux foyers daechistes. Curieusement, il est dans le même combat que Leila Chettaoui. Ennahdha ne l’aime pas. Et il n’aime pas Ennahdha. Quel sera son rôle dans le parti ? Il y apportera sans doute un brin de spiritualité. A sa naissance, Nida Tounes a été taxé de «  mécréandise » au rapport à son référentiel bourguibiste, un référentiel qui fait la différence entre le temporel et l’intemporel. Nida Tounes est dans cette logique. Mais ce qui est sûr c’est que Férid Béji ne se limitera pas à réciter la Fatiha aux réunions du comité central… C’est aussi un tournant : jusque-là Nida Tounes a géré la politique par le vice. Peut-être qu’avec Férid Béji il apprendra à le faire par la vertu. Mais c’est compliqué.

Raouf Khalsi


Météo
Tunis