Quand Ghannouchi foule les plates bandes de Caid Essebsi - highlights.com.tn
Publié le: 28 janvier 2017 à 13h47

Quand Ghannouchi foule les plates bandes de Caid Essebsi

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beji-ghannouchi

Une phrase, rien qu’une phrase prononcée par le Chef du gouvernement, passée sous silence, mais qui a valeur de message clair et orienté. « La politique étrangère est l’apanage de l’Etat », dit-il. Message clair dans le sens institutionnel et constitutionnel. En d’autres termes, le ministre des affaires étrangères gère les relations internationales de la Tunisie. Et celui-ci fait, certes,partie de son équipe ministérielle, mais il applique les directives du Président de la République, du fait que la constitution lui confère tous les pouvoirs en la matière. A ne jamais oublier aussi, qu’en réalité, Béji Caid Essebsi  incarne l’Etat dans une certaine mesure et qu’il a l’art de faire parfois du pied de nez à une constitution pourtant anti-présidentialiste. Le gouvernement d’union nationale, en fait, c’est bien lui.

Message orienté aussi, puisqu’il est véhiculé un jour après la visite de Rached Ghannouchi chez le Président Boutaflika. En d’autres termes, Youssef Chahed se faisait l’écho d’une certaine irritation à Carthage à cause des libertés internationales que prend Rached Ghannouchi. Si, à l’issue de sa visite il ya six mois à « l’ami Boutaflika », le Chef d’Ennahdha s’est vite ravisé de se rendre à Carthage pour rendre compte au Président, devinant que celui-ci était un peu fâché, cette fois , il n’y eut guère de compte rendu, ni d’audience parce que l’on sait que le Cheikh n’est plus en odeur de sainteté aux yeux de « son frère El Béji ».

On sait que, du côté de Montplaisir, on joue aisément sur les ambivalences et sur les détails. Lotfi Zitoun, conseiller de Rached Ghannouchi, s’est « fait inviter » à la télévision, pour expliquer que la visite de Rached Ghannouchi à Alger « s’inscrit dans le fil droit de l’initiative lancée par Béji Caid Essebsi pour une intermédiation entre les belligérants de Libye » lors de sa visite éclair de quelques semaines en arrière. Or, il en a été effectivement question, mais ce ne fut pas là l’objectif principal des entretiens entre BCE et Boutaflika. Il a été surtout question de verrouiller les frontières communes avec la Libye et de la mise sur pied  d’une stratégie efficace pour gérer le retour des « Djihadistes ». Les deux chefs d’Etat ont même évoqué l’éventualité d’une victoire de Trump et les conséquences qu’elle exercerait sur la région.

Maintenant, que Lotfi Zitoun déclare que son patron s’est rendu à Alger sur invitation du Président algérien, cela se conçoit aussi. Les Algériens se considèrent en effet comme les bienfaiteurs des Nahdhaouis persécutés par Ben Ali. Et qui plus est, Rached Ghannouchi, précisément a trouvé refuge en Algérie par laquelle il a transité pour ensuite rejoindre Londres. Sauf qu’il n’y a pas à proprement parler d’atomes crochus entre Ghannouchi et Boutaflika. Car quand Ghannouchi a relayé l’Algérie, c’était plutôt à l’époque chancelante de Chedli Ben Jedid.

Pour sa part, Youssef Chahed a toutes les raisons d’être irrité par l’irruption nahdhaouie au forum de Davos. On sait que, pour y participer, il faut payer un ticket de 20 mille dollars par tête de pipe. Là, miracle divin, la délégation d’Ennahdha était invitée par les grands décideurs de ce Forum à vocation essentiellement économique et guère politique et, encore moins, religieuse. La seule et l’unique religion de Davos c’est le Dollar. Ses constats en imposent à toutes les autres instances internationales. Que fait Ennahdha dans ce concert ? Rien de moins qu’une opération propagandiste.

Le problème aujourd’hui est autre cependant. Toute la donne géostratégique, économique et militaire est bouleversée par le raidissement de l’Amérique de Trump. C’est le retour du protectionnisme américain, de la xénophobie et, fait impensable, la mise en place d’un axe Washington-Moscou. C’est aussi la résurgence de la vision ostensible  qu’a l’Amérique de cette « Vieille Europe » encore à la traîne avec ses idéologies désormais obsolètes et qui risque de ne plus avoir de bouclier : l’alliance atlantique « ce machin » comme la surnommait De Gaulle. Trump a juré de raser « le terrorisme islamique » de la surface de la terre. Il risque aussi de provoquer une déflagration au Moyen Orient, s’il déplace son ambassade de Tel Aviv à AL Qods. Il ne croit pas en l’Islam politique, cheval de bataille d’Obama. C’est ce qui fait dire d’ailleurs à Rached Ghannouchi qu’Ennahdha ne s’en sent pas visée. Mais alors, pourquoi s’évertue-t-il auprès de roi saoudien pour le convaincre d’intercéder auprès de Sissi en faveur des Frères musulmans d’Egypte ?

Le monde est en train d’entrer dans une époque de turbulences et de ruptures. Quel positionnement de la Tunisie ? Là, il vaut mieux pour tous et pour Ennahdha elle-même laisser faire le Président. C’est son champ de compétences. Et il y est habitué. Trump se fiche pas mal que nous soyons le « berceau du printemps arabe »… C’est malheureux, mais c’est comme ça.

Raouf Khalsi


Météo
Tunis