Retour des terroristes en Tunisie La succulente Fatwa biblique de Cheikh Rached - highlights.com.tn
Publié le: 27 décembre 2016 à 16h57

Retour des terroristes en Tunisie
La succulente Fatwa biblique de Cheikh Rached

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isis-at-dabiq

Querelle de clocher, si ce n’est un combat de coqs dans l’enceinte de l’Assemblée des représentants du peuple. Mongi Rahoui, chef du groupe parlementaire du Front Populaire, tire à boules rouges sur Rached Ghannouchi qui déclarait la veille que le retour des « Jihadistes » tunisiens doit être  traité avec une certaine forme d’humanisme. Il n’utilise pas ouvertement le mot « humanisme », mais il le laisse entendre, habile qu’il est à jongler sur les nuances et à distiller subrepticement de péremptoires «Fatwas» de son crû.  Sitôt Mongi Rahoui eut-il terminé son réquisitoire, Noureddine Bhiri  prononçait un contre réquisitoire dans lequel il accusait le Front Populaire de toujours distiller et «pour vingt ans encore» un discours haineux à l’endroit d’Ennahdha.

Tiraillements inutiles, manège ridicule et prétextes de part et d’autre pour le énième règlement de comptes, car la séance était formellement consacrée à l’examen du projet de loi de finances complémentaire. Car finalement ce n’était ni l’endroit, ni le moment. Et si le sujet devait être évoqué qu’au moins il ne fût pas abordé sous l’angle passionnel des gradations idéologiques. Cela, du reste, relativise et minimise même l’onde de choc, déjà latente, du retour de ces sanguinaires au pays.

On ne saurait dire toutefois si Rached Ghannouchi n’aurait pas été plutôt inspiré d’attendre, de mieux se renseigner, de mettre cette déferlante en perspective et, surtout d’éviter de manifester un quelconque attendrissement pour ces criminels, si ce n’est carrément une compassion malvenue. Rached Ghannouchi avait en effet défrayé la chronique par des déclarations qui font malheureusement date. Alors que les Salafistes semaient la terreur, escaladaient l’horloge de l’Avenue Bourguiba pour y planter le sinistre drapeau noir et qu’Abou Yadh se payait un prêche takfiriste à la mosquée Al Fatah, le leader d’Ennahdha déclarait y «reconnaître sa jeunesse». Puis, il n’y a pas très longtemps, il concoctait une Fatwa de la cinquième dimension lançant à la face d’un monde en pleine effervescence islamophobe que «Daech est l’expression d’un Islam en colère».

Maintenant Rached Ghannouchi prône une nouvelle approche : à savoir un encadrement psychologique des revenants, des mécanismes pour leur réinsertion dans la société. A coup sûr l’Islam serait apaisé et qu’il ne serait plus en colère. Dans ce processus ou, plutôt, dans cette métamorphose, les Qataris, les Turcs et les Saoudiens, parrains des Daechistes apporteront leur contribution et conforteront notre Cheikh suprême dans sa vision…

Sans doute, doit-on tous en bloc, nous parlons de la société civile, seul élément stabilisateur du pays, nous devons en effet tous veiller à ce que le tsunami qui se prépare ne soit pas instrumentalisé et, pour tout dire, récupéré par les politiques, comme le font piteusement Ennahdha et le Front populaire. On  s’étonne d’ailleurs de ce que des analystes ayant pignon sur rue parlent de déchéance  de la nationalité à l’endroit des   revenants dont on estime le nombre à près de 3000. La constitution est claire dans son article 25 qui interdit la déchéance de la nationalité pour quelque raison que ce soit, fût-ce la haute trahison.

Plutôt que de s’interroger sur le sexe des anges que parait invoquer Rached Ghannouchi qui, biblique et comme Jésus, suggère la repentance et qu’on tende la joue droite aux criminels, il faudra et vite réfléchir à des mécanismes garantissant l’individualisation et au cas par cas des terroristes qui peuvent parfaitement produire de faux papiers, des cartes de séjour  d’étude en Turquie  par exemple  ,voire des contrat de travail. Car de surcroît, parmi ces milliers de terroristes, il s’en trouve un bon nombre justifiant d’études supérieures. Comment retracer et détecter leur « magistère criminel », toute la difficulté est là. C’est que les services de renseignements du ministère de l’intérieur ont été démantelés par la furie vengeresse de la Troïka, juste  après que  l’hérétique Farhat Rajhi les eut déglingués. Et puis c’est lors des années Troika que ces jeunes sont partis massivement en Syrie pour officiellement combattre auprès des opposants de Bachar Al Assad. Nos services retrouveront-ils les fiches de mouvements ? Une difficulté de plus et de taille.

Ce qui est sûr c’est que ces coupeurs de têtes sont irrécupérables. Il n’y a pas de contre-thérapie qui vaille comme le préconise Rached Ghannouchi. Cela relèverait de la science fiction. Quant à cette repentance qu’évoque encore le leader d’Ennahdha, c’est comme s’il se mettait dans la psychologie d’un prêtre qui donne l’absolution aux pêcheurs dans le secret du confessionnal…

Raouf Khalsi


Météo
Tunis