Vers une guerre larvée Gouvernement / UGTT ? - highlights.com.tn
Publié le: 27 février 2017 à 17h34

Vers une guerre larvée Gouvernement / UGTT ?

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youssef chahed noureddine taboubi

Tensions exacerbées entre le Gouvernement Youssef Chahed et la centrale syndicale version Noureddine Taboubi. Même la réunion d’aujourd’hui entre les deux hommes n’a pas été pour ainsi dire soft et « très amicale », comme le laissent entendre certaines parties qui, à juste titre, craignent une dangereuse escalade et, pour tout dire, une grave crise dont il serait aisé de mesurer l’ampleur.

A vrai dire, jamais les relations entre gouvernement et UGTT n’ont été au beau fixe, si l’on exclut l’époque de soumission à Ben Ali, c’est-à-dire tout le long des années Ismail Sahbani, puis celles d’Abdessalem Jerad. Ben Ali prenait pour ainsi dire la centrale syndicale sous son aile, la privant du reste de son métier « la défense des travailleurs » dont il se chargeait lui-même, considérant que la « paix sociale » relevait de ses compétences propres. Pas moins que l’opposition de pacotille de l’époque, l’UGTT en était réduite à une caisse de résonnance glorifiant le régime.

Abid Briki, « le rebelle » d’aujourd’hui faisait partie des pions « syndicalistes » de Ben Ali. Il n’est donc pas aussi politiquement clean ne prétendent ses amis. Et d’ailleurs, subtilement, Houcine Abassi à son accession à la tête de la Centrale, l’a expédié au Liban où il coulait une retraite dorée.

Peut-on donc aujourd’hui faire de Abid Briki le gladiateur qu’il prétend être ? Peut-on aussi accréditer la thèse (la sienne) selon laquelle, il est abattu « parce qu’il aurait touché à des intérêts occultes » et que, dans le même esprit, le gouvernement n’est pas pressé de s’attaquer à la corruption ? Et pourtant, Youssef Chahed a bien déclaré à la télé, dimanche soir, qu’il passait près de deux heures par jour à éplucher les dossiers de la corruption, « sa guerre à lui », comme il l’a toujours déclaré.

Il se trouve néanmoins qu’entre les deux hommes quelque chose ne fonctionnait pas dès le départ. Abid Briki est d’abord un syndicaliste. Quand on lui confie le gros portefeuille de la fonction publique et de la gouvernance, sa démarche, par déformation professionnelle, ne peut être que corporatiste. Et elle n’est pas réellement sociale. Il prend du reste beaucoup d’initiatives et les médiatise même avant d’en référer à son Chef du gouvernement, comme cette option de départ anticipé à la retraite. Il foulait aussi sans crier gare le domaine de compétences de son compère, lui aussi issu de l’Ugtt, Mohamed Trabelsi, ministre des affaires sociales…La mésentente cordiale entre Chahed et Briki couvait en effet depuis un certain temps, jusqu’à s’amplifier et se mouvoir carrément en blocage.

Quand on est ministre on est d’abord tenu d’une obligation de réserve et de discrétion. Si malentendu il y a, cela doit être mis sur la table. Or, durant trois jours Abid Briki avait annoncé partout qu’il avait rédigé sa lettre de démission. Au diable la solidarité gouvernementale ! Au diable aussi le respect des institutions. Youssef Chahed a donc fini par réagir et par limoger son bouillonnant ministre de la Fonction publique. C’est aussi simple que cela. C’est, disons, un mode opératoire, parce que le Chef du gouvernement avait adopté la même démarche vis-à-vis de  l’ancien ministre des Affaires religieuses.

Pour autant, cette affaire n’est pas pour apaiser la tension, déjà vive, entre La Kasbah et Rue Mohamed Ali. Noureddine Taboubi s’était forgé une réputation de pur et dur depuis l’époque Ben Ali en pleine tempête (2005) du Bassin Minier. C’est aussi un homme qui ameute quotidiennement Lassâad Yacoubi vraisemblablement parti pour avoir la tête de Néji Jalloul qui, du reste, vit dans un véritable délire alimenté par un égo surdimensionné. Quand celui-ci taxe les enseignants de « terrorisme » et de « corruption », cela met Youssef Chahed dans une situation délicate. S’il ne le limoge pas, c’est justement pour ne pas céder au chantage syndical, autrement l’Etat se déjugerait et avouerait sa propre faiblesse.

Quelque part aussi, quand Noureddine Taboubi prétend que le limogeage de Abid Briki induit, de facto, la dénonciation de la « Déclaration de Carthage » à laquelle a souscrit l’UGTT, cela, à notre connaissance, ne saurait remettre en question les fondements ayant infléchi la naissance du Gouvernement d’Union nationale.

Il y a par ailleurs une certaine part de contradictions. A savoir que Houcine Abassi a rejeté la proposition présidentielle tenant à la participation institutionnelle de l’UGTT au gouvernement. Or, de fait, l’Ugtt y est par le truchement de Briki et de Trabelsi. C’est à ce niveau que la Déclaration de Carthage était pour le moins chimérique : comme Noè, Beji Caid Essebsi voulait embarquer tout le monde et « toutes les espèces politiques » dans son Arche à lui. Rien d’étonnant donc que quelques-unes d’entre elles sautent par-dessus bord, ou qu’on les en éjecte.

Raouf Khalsi


Météo
Tunis